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monde à m’exprimer : mais comptez quele souvenir de notre enfance me charmetoujours ; que depuis ce temps-là je n’ai euque de fausses joies; qu’il ne s’est pas passéde jour que je n’aie pensé à vous ; que vousavez eu plus de part que vous ne croyez àmon mariage ; et que je n’y ai été détermi-née que par l’espérance de vous revoir. Maisque ce jour qui m’a tant coûté , va mecoûter encore ! Je vous vois tout hors devous-même ; mon mari frémit de rage et dejalousie : je ne vous verrai plus ; je vousparle sans doute pour la dernière fois de mavie : si cela étoit, mon frère , elle ne seroitpas longue. A ces mots elle s’attendrit ; etse voyant hors d’état de tenir la conversa-tion j elle me quitta le plus désolé de tousles hommes.
Trois ou quatre jours après, je deman-dai à voir ma sœur : le barbare eunuqueauroit bien voulu m’en empêcher : mais,outre que ces sortes de maris n’ont passur leurs femmes la même autorité que jles autres , il aimoit si éperdument ma sœur jqu’il ne savoit rien lui refuser. Je la vis jencore dans le même lieu et sous les mêmesvoiles , accompagnée de deux esclaves ; ce jqui me fit avoir recours à notre langueparticulière. Ma sœur , lui dis-je , d’où !
vient que je ne puis vous voir sans me j
trouver dans une situation affreuse ? Les j
murailles qui yous tiennent enfermée, ces j