LA VALLÉE DE l’aKIÉGE. 3l
ment l’on pourra réformer la réforme, c’est-à-direla consolider en l’épurant et la moralisant. Mais cene sont pas là les seuls reproches que l’on adresse àla civilisation. Ses résultats les plus merveilleux,ceux dont l’homme est le plus en droit de s’enor-gueillir , paraissent, en effet, devoir dépoétiser lemonde, en imprimant profondément au genre hu-main un cachet d’uniformité et de monotonie. Aforce de mêler les peuples , à force d’abaisser lesbarrières qui séparent les empires des empires,lesprovinces des provinces , les campagnes des villes,et les classes des classes , on rend le genre humainde plus en plus égal et semblable à lui-même ; onefface ces différences dont quelques unes, à coupsûr, étaient oppressives, mais qui emplissaient la vied’animation, de variété, de poésie, d’illusions sivous voulez, mais enfin de charmes, plus encore,peut-être, pour les humbles qui se tenaient en bas,que pour les privilégiés qui étaient en haut. Aforce de similitude et d’égalité, n’est-il pas à crain-dre que nous n’anéantissions la personnalité sanslaquelle il n’v a pas de liberté? Ne mécanisons-nouspas la société , n’en faisons-nous pas une ruche ouun atelier, où chacun de nous sera réduit au rôled’une navette allant et venant régulièrement du soirau matin, sous l’impulsion, toujours égale, d’unemachine à vapeur ? En étouffant la vie sentimentalesous le faix du positif, ne taririons-nous pas les deuxplus abondantes sources des joiesde ce monde, celles