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qui coulent pour tous, grands et puissants, richeset gueux, je veux dire la famille et l’amitié ? Et puis,ne rendons-nous pas le globe trop exigu pour notreespèce? Le plus mince bourgeois ne s’y sentira-t-ilpas bientôt à l’étroit, mal à l’aise, comme jadis legrand Alexandre? Ne tuons-nous pas la patrie commele scepticisme croyait avoir tué les rois et les dieux ?
C’est aux Etats-Unis que la civilisation s’est leplus librement développée selon ses allures moder-nes. En parcourant ce pays où l’homme a accumuléen si peu d’années tant de preuves de son géniecréateur et de sa puissance sur la nature, ces vastesrégions que la population a inondées comme parenchantement, à l’aide de magiques auxiliaires in-connus des peuples anciens , les chemins de fer, lescanaux, les bateaux à vapeur, les banques, les jour-naux, les écoles primaires (i), le voyageur se sent sou-
(i) Les Etats-Unis ont débuté dans la carrière des travaux publicspar le canal Erié, où le premier coup de pioche fut donné le 4 juil-let 1817. Depuis lors ils ont exécuté trois mille lieues de canaux et dechemins de fer. C’est plus qu’il n’y en a dans l’Europe entière. Quantà la révolution qui en est résultée pour le pays, je laisserai parler unécrivain de Cincinnati :
« J’ai vu le temps où la seule embarcation qui flottât sur l'Ohio étaitun simple canot, que poussaient en avant, au moyen de perches,deux personnes assises l’une à l’avant, l’autre à l’arrière.
» J’ai vu le temps où l’introduction du bateau à quille, recouverten planches, fut considérée comme une amélioration miraculeusepour les jeunes Etats de l’Ouest.
» Je me rappelle le temps où l’arrivée, à Pittsburg , d’un bateaucanadien, ainsi que l’on nommait les embarcations de Saint-Louis,