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LES ANCIENNES BIBLIOTHÈQUES DE PARIS .
On voit que l’accroissement de la bibliothèque n’aurait pas été rapide si lesreligieux n’eussent compté pour l’enrichir que sur les revenus du couvent; aureste, les frères de Sainte-Croix mendiaient encore à cette époque. Mais les Cons-titutions de l’Ordre s'efforcèrent de suppléer à la pauvreté ou à l’indifférence desmonastères, et, par une exception assez rare, elles ordonnèrent que, «pour aug-« menter le nombre des livres de la bibliothecque, et avoir ceux qui y sont néces-saires pour les conférences, ceux qui seroient receus en la congrégation y met-te troient un livre, n Elles voulaient, en outre, que chaque bibliothèque fût pourvuede deux catalogues, et qu’aucun volume ne pût être transporté hors de la Maison.La clef de la bibliothèque ne devait être confiée qu’à des membres de la congré-gation, et encore ce prêt était-il soumis à de sévères formalités, car les emprun-teurs devaient donner et un billet signé de leur main, avec promesse de rapportercria clef ou l’envoyer le soir au bibliothequaire; et quelque livre venant àccestre perdu par le peu de soin de celuy qui aura la clef et le livre, sera obligéet d’en donner un autre semblable; et ceux qui auront charge de la bibliothèquete eslans certains que le livre est perdu, ils pourront en prendre un chez le librairete et le faire payer à celuy qui l’aura perdu b).»
Ces sages prescriptions ont été longuement développées dans un Commentaire surla Règle des frères de Sainte-Croix, travail très-original qui fut publié à Co-logne en i63‘i. Nous traduirons en entier le passage relatif à la conservation deslivres; il constitue un des chapitres les plus curieux de l’histoire des bibliothèquesdans les couvents :
et La bibliothèque est le vrai trésor d’un monastère; sans elle, suivant Thomasà Kempis ®, te il est comme une cuisine sans casserolles, une table sans mets, un«puits sans eau, une rivière sans poissons, un manteau sans vêtements, un jardin«sans fleurs, une bourse sans argent, une vigne sans raisins, une tour sans gardes,« une maison sans meubles, n Et de même que l’on conserve soigneusement un bijoudans une cassette bien fermée, à l’abri de la poussière et de la rouille; de meme labibliothèque, suprême richesse du couvent, doit être attentivement défendue contrel’humidité, les rats et les vers. L’empereur Aurélien, entre autres règlements rela-
<l) Commencement, institution, réglés et statutsde la Congrégation de- l’Exaltation de la SaincteCroix pour la propagation de la Foy; chap. xvi,De la bibliothèque, p. 161. — Le chapitre com-mence ainsi : « La Congrégation aura une biblio-«theque, de laquelle les secrétaires auront l’inten-« dance; il y aura un inventaire de tout ce qui y«sera, l’original sera conservé par le secrétaire de« la Congrégation qui sera actuellement en charge,«et une copie authentique sera tousjours réservée«dans la bibliothèque, et un autre entre les mains«du directeur.)! Le chapitre xvii a pour titre : Des
Chartres et papiers importuns de la Congrégation;ceux-ci devaient être conservés dans «un coffre«fort fermant à trois diverses clefs ,n dont l’unerestait entre les mains du directeur, les deux autresentre celles du gouverneur et du secrétaire, «et le«coffre sera mis en la garde du premier et plus«ancien administrateur qui sera en charge, et de« toutes les pièces qui seront mises dans ledit coffre«seront faits deux inventaires signez des officiers«de la Congrégation.))
(2) Les citations que nous guillemetons sont enitaliques dans le texte.