196 LES ANCIENNES BIBLIOTHÈQUES DE PARIS .
Tandis que le Bureau de la Ville, à l’encontre de l’Édilité moderne, vendaitses collections à des amateurs, la bibliothèque proprement dite allait s’enrichissantde jour en jour, grâce à la munificence de certains membres de l’Échevinage etde quelques bibliophiles éclairés. On cite parmi eux le Prévôt des Marchands Louis le Peletier de Mortefontaine W, qui possédait, dans son hôtel de la rue deNazareth, une magnifique collection de tableaux, et tint à honneur de réparer ledommage causé à la bibliothèque par son prédécesseur. Il v a tout heu de sup-poser que, à l’exemple de Moriau, divers Echevins et Officiers municipaux, en sor-tant de charge, donnèrent ou léguèrent à la Ville tout ou partie de leurs livres.On ne peut, en effet, expliquer l’accroissement rapide de la bibliothèque muni-cipale que par de nombreux actes de munificence privée, puisque la Ville sedéclarait, par l’organe du Prévôt La Michodière, hors d’état de subvenir à desimples dépenses d’installation^.
Mais le principal bienfaiteur de la bibliothèque fut l’abbé de Livry®, évêquein partibus de Callinique, en possession de plusieurs riches bénéfices, qui lui per-mettaient de satisfaire ses goûts de bibliophile, et probablement l’un des habi-tués de la bibliothèque de la Ville. Ameilhon , dont il était l’ami, sut (disons-le tàsa louange, ou tout au moins à sa décharge) mettre à profit cette liaison, enobtenant, pour le dépôt dont il avait la garde, des livres et de nombreusessommes d’argent. Une délibération du Bureau de la Ville, en date du i er fé-vrier 1787, constate que la bibliothèque municipale était redevable à l’évêquede Callinique te cl’un très-grand nombre d’ouvrages précieux, r> et que, ccen derniercrlieu, ce prélat venait encore de remettre au bibliothécaire une somme de sixet cents livres pour être employée à l’acquisition des livres qui pourroient enrichircfla collection de la bibliothèque dans la partie de l’histoire naturelle ! (l) * 3 4 ).d Ce côtéprésentait, en effet, quelques lacunes, et, sous l’influence de l’esprit scientifiquequ’avait éveillé la publication de Y Encyclopédie, la bibliothèque s’efforcait de lescombler.
(l) Louis Le Peletier, chevalier, marquis de Mont-méiiand, seigneur de Mortefontaine et autres lieux,conseiller d’Etat, etc. fut Prévôt des Marchandsde 178/1 à 1 788, et signala son administration pard’importants travaux de voirie. Il eut pour successeurl’infortuné Jacques de Flesselles .
m La collection des almanachs royaux renfermedes détails intéressants sur l’organisation et l’ac-croissement de la bibliothèque de la Ville; on n’ytrouve malheureusement aucun renseignement surles noms des donateurs.
(3) Nicolas de la Pinte de Livry, chanoine de
nommé, en 1767, évêque de Callinique in partibuset coadjuteur de Mâcon, après avoir adhéré à labulle Unigenitus. Pourvu l’année suivante de l'ab-baye royale de Sainte-Colombe-lez-Sens, il habitaitalternativement Paris et Sens. C’est dans cette der-nière ville qu’il s’était retiré en 1787, et il y vivaitobscurément depuis la suppression des bénéficesecclésiastiques, lorsque le cardinal de Loménie deBrienne et l’archevêque de Trajanopolis, neveu dece prélat, furent décrétés d’arrestation (179/1). hremit alors tous ses litres ecclésiastiques au districtde Sens et mourut un an après, à l’âge de 80 ans.
(4) Appendice XXII.