Band 
[3. - 4.]
Seite
17
JPEG-Download
 

17

ÉVACUATION DE LEGYPTE.

voulait-on, ce qui était plus sage, que ramener vers les ports de laFrance une partie du commerce de l’Orient, l’Égypte était encore laroute naturelle de ce commerce. Pour la paix comme pour la guerre,c’était donc la plus précieuse colonie du globe. Si, dans le moment,le chef du gouvernement français n'avait songé qu’à la France , et pointà ses alliés, il pouvait accepter le marché proposé par l’Angleterre ;car la Martinique elle-même, seule perte directe et digne d’attentionque la France eût faite dans cette guerre, était bien peu de chose àcôté de l'Égypte , véritable empire placé entre les mers de l'Orient et del’Occident , commandant à la fois, et abrégeant la route de ces mers.Mais le premier consul tenait à honneur de faire rendre aux alliés dela France la plus grande partie de leurs possessions. Il ne dépendaitpas de lui d’épargner à la Hollande tous les sacrifices auxquels la con-damnait la défection de sa marine, qui avait suivi, comme on sait, leslalhouder en Angleterre ; mais il tenait à lui faire rendre le Cap etla Guyane; il voulait que l'Espagne , qui n’avait rien acquis dans laguerre, ne perdit rien non plus, et qu’on lui rendit la Trinité et lesBaléares ; enfin, il était décidé à ne céder Malte à aucun prix, carc’était infirmer d’avance la conquête de l'Égypte , la rendre précairedans nos mains. Son intention était donc de laisser aux Anglais l’In-doustan, même avec les petits comptoirs de Chandernagor et de Pondi-chéry , qui n’avaient aucun intérêt pour nous ; d’y ajouter Ceylau, pro-priété des Hollandais, mais d’exiger la restitution du Cap, desGuyanes, de la Trinité, de la Martinique, des Baléares , de Malte, etde conserver l'Égypte , en considérant cette conquête comme l'cquivalent, pour la France , de l’acquisition du continent des Indes parl’Angleterre. On va voir comment il se conduisit pour arriver à ce but,pendant une négociation qui dura cinq mois entiers.

A la prétention d’adopter Yuti possidefis , comme base du futurtraité de paix, le négociateur français fut chargé de répondre par desarguments péremptoires. « Vous voulez poser en principe, dit-il àlord Ilawkesbury, que chacune des deux nations gardera ce qu elle aconquis: mais alors la France devrait garder en Allemagne Baden,le Wurtemberg, la Bavière, les trois quarts de l’Autriche ; elle devraitgarder en Italie toute l’Italie elle-même, c’est-à-dire les ports de Gènes ,Livourne , Naples, Venise ; elle devrait garder la Suisse , quelle sepropose d'évacuer dès quelle y aura rétabli un ordre de choses raison-nable; elle devrait garder la Hollande, occupée par ses années, et où