ÉVACUATION DE LEGÏPTE. 71
prochaine; et dans Alexandrie comme au Caire , elle se consolait deses revers, par l’espoir de revoir bientôt la France .
A compter de ce jour, plus rien d'important ne signala la présencedes Français en Égypte , et l’expédition fut en quelque sorte terminée.Admirée comme un prodige d’audace et d habileté par les uns, cetteexpédition a été considérée comme une brillante chimère par les autres,par ceux notamment qui affectent de peser toutes choses dans les ba-lances d’une froide raison.
Ce dernier jugement, avec les apparences de la sagesse , est au fondpeu sensé et peu juste.
Napoléon , dans sa longue et prodigieuse carrière, n’a rien imaginéqui fût plus grand, et qui pût être plus véritablement utile. Sansdoute, si on songe que nous n’avons pas même conservé le Rhin et lesAlpes , on doit se dire que l’Égypte , l’eussions-nous occupée quinzeans, nous aurait été plus tard enlevée, comme nos frontières conti-nentales, comme cette antique et belle possession de l‘îlc de France ,que nous ne devions pas aux guerres de la révolution. Mais à jugerainsi les choses, on pourrait aller jusqu'à se demander si la conquêtede la ligne du Rhin n’était pas elle-même une folie et une chimère.Il faut, pour juger sainement une telle question, il faut supposer uninstant nos longues guerres autrement terminées quelles ne l’ont été,et. se demander si, dans ce cas, la possession de l'Égypte était possible,désirable, et d’une grande conséquence. A la question ainsi posée, laréponse ne saurait être douteuse. D’abord l’Angleterre était presquerésignée en 1801 à nous concéder l'Égypte , moyennant des compen-sations. Ces compensations qu’on avait fait connaître à notre négo-ciateur, n’avaient rien d’exorbitant. Il est hors de doute que, pendantla paix maritime qui suivit, et dont nous ferons bientôt connaître laconclusion , le premier consul, prévoyant la brièveté de cette paix,eût envoyé aux bouches du Nil d’immenses ressources en hommes eten matériel, et que la belle armée expédiée à Saint-Domingue , oùl’on alla chercher un dédommagement de l’Égypte perdue, aurait mispour longtemps notre nouvel établissement à l’abri de toute attaque.Un général comme Decaen, ou Saint-Cyr, joignant à l'expérience dela guerre l’art d’administrer, ayant, outre les 22,000 hommes quirestaient en Égypte de la première expédition, les 30,000 qui périrentinutilement à Saint-Domingue, placé avec 50,000 Français et unimmense matériel sous un climat parfaitement sain, sur un sol d’une