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LIVRE X.

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fertilité inépuisable, cultivé par des paysans soumis à tous les maîtres,et n'ayant jamais leur fusil à côté de leur charrue, un général, disons-nous , comme Decaen ou Sainl-Cyr, aurait pu, avec de tels moyens,•défendre victorieusement l'Égypte , et y fonder une superbe colonie.

Le succès était incontestablement possible. Nous ajouterons que, dansla lutte maritime et commerciale que soutenaient l’une contre l’autrela France et l’Angleterre, la tentative était en quelque sorte commandée.L’Angleterre venait, en effet, de conquérir le continent des Indes , et.de se donner ainsi la suprématie dans les mers de l'Orient. La France ,jusque-là sa rivale, pouvait-elle céder, sans la disputer, une semblablesuprématie? Ne devait-elle pas à sa gloire, à sa destinée de lutter? Lespolitiques ne peuvent pas répondre ici autrement que les patriotes. Oui,il fallait qu’elle essayât de lutter dans ces régions de l'Orient, vastechamp de l'ambition des peuples maritimes, et qu’elle essayât d'y faireune acquisition qui put contre-balancer celles des Anglais . Cette véritéadmise, qu’on cherche sur le globe, et qu’on nous dise s’il y avait uneacquisition mieux adaptée que l’Égypte au but qu’on se proposait? Ellevalait en elle même les plus belles contrées, elle touchait aux plus riches,aux plus fécondes, à celles qui fournissent la plus ample matière au négocelointain. Elle ramenait dans la Méditerranée, qui était notre mer alors,le commerce de l'Orient ; elle était, en un mot, un équivalent del’Inde, et, en tout cas, elle en était la route. La conquête de l'Égypte était donc pour la France , pour l’indépendance des mers, pour la civi-lisation générale, un service immense. Aussi, comme on pourra le voirailleurs, notre succès fut-il souhaité plus d’une fois en Europe , dansces courts intervalles de temps où la haine ne troublait pas l’esprit îlescabinets. Pour un tel but, il valait la peine de perdre une armée, etnon pas seulement celle qu’on envoya la première fois en Égypte , maiscelles qu’on envoya depuis périr inutilement à Saint-Domingue , dans lesCalabres et en Espagne . Plût au ciel que, dans les élans de sa vaste ima-gination, Napoléon n’eùt rien conçu de plus téméraire !

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