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LIVRE XI.

rien; quil ne valait pas la peine pour ces îles de verser plus long-temps le sang des hommes ; que si la France , à la vérité, semblait ytenir si fortement, c’était par honneur, pour défendre ses alliés, pourgarder tout au plus quelques relâches dans les mers lointaines ; que,du reste, si on voulait continuer 'a guerre, l’Angleterre pourrait bien,sans doute, conquérir encore d'autres colonies, mais qu elle en avaitdéjà plus qu’il n’en fallait à son commerce; que la France avait, toutautour de ses frontières, des acquisitions bien autrement précieuses àfaire, entrevues par tout le monde sans les désigner, puisque sestroupes occupaient la Hollande, la Suisse, le Piémont, Naples, le Por-tugal ; et qu’enfm on pourrait encore simplifier la lutte, la rendremoins onéreuse aux nations, en la réduisant à un combat corps à corps,entre la France et l’Angleterre. Le général écrivain se gardait de blesserl’orgueil britannique ; mais il faisait entendre qu’une descente seraitenfin sa dernière ressource, et que si les ministres anglais voulaientque la guerre finît par la destruction de l’une des deux nations, il n’yavait pas un Français qui ne fût disposé à faire un dernier et vigoureuxeffort, pour vider cette longue querelle, à l'éternelle gloire, à l’éternelprofit de la France . « Mais pourquoi, disait-il, placer la question dansces termes extrêmes? pourquoi ne pas mettre fin aux maux de l’hu-manité ? pourquoi risquer ainsi le sort de deux grands peuples ? » Lepremier consul terminait l’une de ces allocutions par ces paroles sisingulières et si belles, qui devaient avoir un jour une si triste appli-cation à lui-même : « Heureuses, s’écriait-il, heureuses les nations» lorsque, arrivées à un haut point de prospérité, elles ont des gou-» vernements sages, qui n’exposent pas tant d’avantages aux caprices» et aux vicissitudes d'un seul coup de la fortune ! »

Ces articles, remarquables par une logique vigoureuse, par un stylepassionné, attiraient l’attention générale, et produisaient sur les espritsune sensation profonde. Jamais gouvernement n’avait tenu ce langageouvert et saisissant.

Le langage du premier consul, accompagné de démonstrations très-sérieuses sur les côtes de France , devait agir et agit en effet beaucoupde l’autre côté de la Manche. La déclaration formelle que la France neconcéderait jamais Malle avait fait grande impression, et le gouverne-ment britannique répondit qu'il voulait bien y renoncer , à conditionque celte île serait restituée à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem ,mais qu’alors il demandait le cap de Bonne-Espérance . Il renonçait