PAIX GÉNÉRALE.
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Ce message fit d’autant plus d’effet, que, depuis quelques heures, onrépandait le bruit de la rupture des négociations. Sur-le-champ lepeuple se livra sans retenue à ces transports violents qui sont particu-liers au caractère passionné de la nation anglaise. Les voitures pu-bliques partant de Londres portaient ces mots, écrits à la craie et engrosses lettres : Paix avec la France . Partout on les arrêtait, on lesdételait, on les traînait en triomphe. On se figurait que tous les mauxde la disette, de la cherté, allaient finir à la fois. On rêvait des biensinconnus, immenses, impossibles. Il y a des jours où les peuples,comme les individus, fatigués de se haïr, éprouvent le besoin d’uneréconciliation, même passagère , même trompeuse. Dans cet instant,malheureusement si court, le peuple anglais croyait presque aimer laFrance ; il adorait le héros, le sage qui la gouvernait : il criait ViveBonaparte avec transport.
Telle est la joie humaine : elle n’est vive, elle n’est profonde, qu’àla condition d’ignorer l'avenir. Remercions la sagesse de Dieu d’avoirfermé aux hommes le livre du destin ! Combien tous les cœurs eussentété glacés ce jour-là, si, le voile qui cachait l’avenir venant à tombertout à coup, les Anglais et les Français avaient pu voir devant euxquinze ans d’une haine atroce, d’une guerre acharnée, le continent etles mers inondés du sang des deux peuples ! Et la France , combienelle eût été consternée, si, tandis quelle se croyait grande, grande àjamais, elle eût entrevu, dans une page de ce redoutable livre du des-tin, les traités de 1815 ! Et ce héros victorieux et sage, qui la gouver-nait, combien il eût été surpris, épouvanté, si, au milieu de scs plusbelles œuvres, il avait pu apercevoir ses immenses fautes ; si, au milieude sa prospérité la plus pure, il avait entrevu sa chute effroyable et sonmartyre ! Oh ! oui, la Providence, dans la profondeur de ses desseins,a bien fait de ne découvrir que le présent à l’homme; c’est bien assezpour son faible cœur ! Et nous, aujourd’hui, qui savons tout, et cequi passait alors, et ce qui s’est accompli depuis, tâchons de nousrendre un moment l'ignorance de ce temps, pour en comprendre,pour en partager les vives et profondes émotions.
Un léger doute restait encore à Londres , et troublait un peu la joieanglaise, car les ratifications du premier consul n’étaient pas arrivées,et on craignait quelque résolution soudaine de ce caractère si prompt,si fier, si exigeant pour sa nation. Ce doute était pénible ; mais tout àcoup on apprend à Londres qu’un propre aide de camp du premier