CONCORDAT. 131.
comme Robespierre , ou de gloire comme le jeune Bonaparte, il abou-tirait uniquement au ridicule.
Ou n’avait rien à inventer en 1800. Cette croyance pure, morale,antique, existait : c’était la vieille religion du Christ, ouvrage de Dieu suivant les uns, ouvrage des hommes suivant les autres, mais suivanttous, œuvre profonde d’un réformateur sublime ; réformateur com-menté pendant dix-huit siècles par les conciles, vastes assembléesdes esprits éminents de chaque époque, discutant, sous le titre d'héré-sies, tous les systèmes de philosophie, adoptant, sur chacun desgrands problèmes de la destinée humaine, les opinions les plus plau-sibles, les plus sociales, les adoptant, pour ainsi dire, à la majorité dugenre humain, produisant enfin ce corps de doctrine invariable, qu'onappelle unité catholique, et au pied duquel Bossuet, Leibnitz , aprèsavoir pesé le dire de tous les philosophes, sont venus soumettre leur su-perbe génie ! Elle existait, cette religion, qui avait rangé sous son em-pire tous les peuples civilisés, formé leurs mœurs, inspiré leurs chants,fourni le sujet de leurs poésies, de leurs tableaux, de leurs statues,empreint sa trace dans tous leurs souvenirs nationaux, marqué de sonsigne leurs drapeaux, tour à tour vaincus ou victorieux ! Elle avait dis-paru un moment dans une grande tempête de l’esprit humain ; mais,la tempête passée, le besoin de croire revenu, elle s’était retrouvée aufond des ànres, comme la croyance naturelle et indispensable de la Fi anceet de l'Europe .
Quoi de plus indiqué, de plus nécessaire en 1800, que de relevercet autel de saint Louis, de Charlemagne et de Clovis , un instant ren-versé? Le général Bonaparte, qui eût été ridicule s’il avait voulu sefaire prophète ou révélateur, était dans le vrai rôle que lui assignaitla Providence, en relevant de ses mains victorieuses cet autel véné-rable, en y ramenant par son exemple les populations quelque tempségarées. El il ne fallait pas moins que sa gloire pour une telle œuvre!De grands génies, non pas seulement parmi les philosophes, maisparmi les rois, Voltaire et Frédéric, avaient déversé le mépris sur lareligion catholique, et donné le signal des railleries pendant cinquanteannées. Le général Bonaparte, qui avait autant d’esprit que Voltaire ,plus de gloire que Frédéric, pouvait seul, par son exemple et sesrespects, faire tomber les railleries du dernier siècle.
Sur ce sujet, il ne s’était pas élevé le moindre doute dans sa pensée.Ce double motif de rétablir l’ordre dans l’État et la famille, et de sa-