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LIVRE XII.

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humaine. L’homme, jeté au milieu de cet univers, sans savoir d'où ilvient, où il va, pourquoi il souffre, pourquoi même il existe, quellerécompense ou quelle peine recevront les longues agitations de sa vie ;assiégé des contradictions de ses semblables, qui lui disent, les unsqu’il y a un Dieu , auteur profond et conséquent de toutes choses, lesautres qu’il n’y en a pas; ceux-ci, qu’il y a un bien, un mal, qui doiventservir de règle à sa conduite ; ceux-là qu’il n’y a ni bien ni mal, que cesont là les inventions intéressées des grands de la terre : l’homme, anmilieu de ces contradictions, éprouve le besoin impérieux, irrésistible,de se faire sur tous ces objets une croyance arrêtée. Vraie ou fausse,sublime ou ridicule, il s’en fait une. Partout, en tout temps, en toutpays, dans l’antiquité comme dans les temps modernes, dans les payscivilisés comme dans les pays sauvages, on le trouve au pied des autels,les uns vénérables, les autres ignobles ou sanguinaires. Quand unecroyance établie ne règne pas, mille sectes acharnées à la disputecomme en Amérique, mille superstitions honteuses comme en Chine ,agitent ou dégradent l’esprit humain. Ou bien, si, comme en France en 1793, une commotion passagère a emporté l’antique religion dupays, l’homme, à l'instant même où il avait fait vœu de ne plus riencroire, se dément après quelques jours, et le culte insensé de la déesseRaison, inauguré à côté de l'échafaud, vient prouver que ce vœu étaitaussi vain qu’il était impie.

A en juger donc par sa conduite ordinaire et constante, l'homme abesoin d’une croyance religieuse. Dès lors que peut-on souhaiter demieux à une société civilisée qu’une religion nationale, fondée sur lesvrais sentiments du cœur humain, conforme aux règles d’une moralepure, consacrée par le temps, et qui, sans intolérance et sans persécu-tion, réunisse, sinon l’universalité, au moins la grande majorité des ci-toyens, au pied d’un autel antique et respecté?

Une telle croyance, on ne saurait l’inventer, quand elle n’existe pasdepuis des siècles. Les philosophes, même les plus sublimes, peuventcréer une philosophie, agiter par leur science le siècle qu’ils honorent :ils font penser, ils 11 e font pas croire. Un guerrier couvert de gloirepeut fonde/- un empire, il ne saurait fonder une religion. Que dans lestemps anciens, des sages, des héros, s’attribuant des relations avec leciel, aient pu soumettre l’esprit des peuples, et lui imposer unecroyance, cela s’est vu. Mais, dans les temps modernes, le créateurd’une religion serait Ipnu pour un imposteur ; et, entouré de terreur