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LIVRE XII.

l’occasion au vol, h se faire sur-le-champ le chef d’une église française ,et à 11e plus laisser ainsi dans les mains d’une autorité étrangère l’im-mense pouvoir de la religion. D’autres enfin lui proposaient de pousserla France vers le protestantisme et lui disaient que s’il donnaitl’exemple en se faisant protestant, elle suivrait cet exemple avec em-pressement.

Le premier consul résistait de toutes les forces et de sa raison etde son éloquence, à ces vulgaires conseils. Il s’était formé une biblio-thèque religieuse, composée de peu de livres, mais bien choisis, rela-tifs pour la plupart à l’histoire de l’Église, et surtout aux rapports del'Église avec l’État ; il s'était fait traduire les écrits latins de Bossuet sur cette matière ; il avait dévoré tout cela dans les courts instants quelui laissait la direction des affaires, et, suppléant par son génie à cequ’il ignorait , comme dans la composition du code civil, il étonnaittout le monde par la justesse , l’étendue, la variété de son savoir sur lamatière des cultes. Suivant sa coutume quand il était plein d’unepensée, il s’en expliquait tous les jours avec ses collègues, avec ses mi-nistres, avec les membres du conseil (l'État ou du corps législatif, avectous les hommes enfin dont il croyait utile de redresser l’opinion. Ilréfutait successivement les systèmes erronés qu’on lui proposait, et lefaisait par des arguments précis, nets, décisifs.

Au système qui consistait à ne pas se mêler du tout des affaires re-ligieuses , il répondait que l'indifférence , tant prônée par certainsesprits dédaigneux, était peu de mise chez un peuple que l'on venaitde voir, par exemple, envahir une église, et menacer de la saccager,parce qu’on avait refusé la sépulture à une actrice chérie du public.Comment rester indifférent dans un pays qui, avec la prétention d’étreindifférent , l’était si peu? Le premier consul demandait d’ailleurscomment on ferait pour ne pas s’en mêler , quand les prêtres asser-mentés ou non assermentés se disputaient entre eux les édifices duculte, et venaient invoquer à chaque instant l'intervention de l’autoritépublique pour saisir les uns et dessaisir les autres. Il demandaitcomment on ferait , lorsque le clergé constitutionnel déjà peu suivipar la population croyante serait abandonné tout à fait par elle, et quele clergé qui avait refusé le serment, seul écouté et suivi, serait exclu-sivement en possession d’exercer le culte, comme il arrivait déjà, etpratiquerait dans des réunions clandestines. Ne faudrait-il pas restituerenfin le temporel du culte à ceux qui en auraient conquis le spirituel?