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LIVRE XII.

Le pape était donc satisfait, mais plein d’émotion ', et il pressaitvivement l'achèvement de l'entreprise si heureusement commencée.La congrégation des cardinaux était toute favorable au concordatdepuis sa nouvelle rédaction, et elle se prononça d’une manière affir-mative. Le pape, pensant qu’il fallait désormais se jeter dans les brasdu premier consul, et accomplir avec éclat une œuvre qui avait unaussi noble objet que le rétablissement du culte catholique en France ,voulut que la cérémonie des ratifications fut entourée de beaucoup desolennité. En conséquence, il donna ces ratifications dans un grandconsistoire, et, pour ajouter encore à l’éclat de cette fonction pontifi-cale, il nomma trois cardinaux. Il reçut M. de Cacault en pompe, etdéploya, malgré la gêne dè scs finances, tout le luxe que cette cir-constance comportait. Ayant à faire choix d’un légat pour l’envoyer enFrance , il désigna le diplomate le plus éminent de la cour romaine,c’était le cardinal Caprara, personnage distingué par sa naissance (ilétait de l’illustre famille des Monlecuculli), distingué par ses lumières,son expérience, sa modération. Autrefois ambassadeur auprès de

1 Lettre de 5t. de Cacault, ministre plénipotentiaire de la république françaiseà Rome , au ministre des relations extérieures.

Rome, le 0 août 1001 (20 thermidor an IX).

Citoyen ministre,

Pour vous informer de l’état de l’affaire de la ratification du pape attendue àParis , je ne puis mieux faire que de vous transmettre en original la lettre que jeviens de recevoir du cardinal Consalvi .

Ce cardinal étant obligé de garder le lit, sa sainteté est venue travailler aujour-d’hui chez son secrétaire d’Etat.

Le sacré collège entier doit concourir à la ratification : tous les docteurs de pre-mier ordre sont employés et en mouvement. Le saint-père est dans l’agitation,l’inquiétude et le désir d’une jeune épouse, qui n’ose se réjouir du grand jour deson mariage. Jamais on n’a vu la cour pontificale plus recueillie, plus sérieusementet plus secrètement occupée de la nouveauté sur le point d’éclore, sans que laFrance . dont il s’agit, pour laquelle on travaille, intrigue, promette, donne, nibrille ici, suivant les anciens usages. Le premier consul jouira bientôt de l'accom-plissement de ses vues à l’égard de l’accord avec le saint-siège, et cela sera arrivéd’une manière nouvelle, simple et vraiment respectable.

Ce sera l'ouvrage d'un héros et d'un saint, car le pape est d'une piété réelle.

II m’a dit plusieurs fois : « Soyez sûr que si la France , au lieu d’être puissancedominante, était dans l’abattement et la faiblesse à l’égard de ses ennemis, je n’enferais pas moins tout ce que j’accorde aujourd’hui. »

Je ne crois pas qu’il soit arrivé souvent qu’un si grand résultat, d’où dépendrabeaucoup désormais la tranquillité de la France et le bonheur de l’Europe , ait étéobtenu sans violence comme sans corruption.

J’ai l’honneur de vous saluer respectueusement. Cxcault.