LIVRE XII.
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marques de respect, qui prouvaieut l’empire du vieux culte sur lepeuple des campagnes. Mais on craignait de mettre à une telle épreuvele peuple railleur de Paris , et tout fut disposé pour que le cardinaentrât de nuit dans la capitale. Il y fut reçu avec des soins empres.sés, et logé dans l’iiôtel qu’on lui avait préparé. On lui fit savoir de lamanière la plus délicate qu'une partie des frais de sa mission était à lacharge du gouvernement français , et que c’était un usage diplomatiquequ'on entendait établir à l’égard du saint-siège. Le premier consul avaitenvoyé chez le légat deux voitures attelées de ses plus beaux chevaux.
Le cardinal Caprara fut reçu comme un ambassadeur étranger, maispoint encore comme un représentant de l’Église. Cette réception étaitajournée jusqu’à l’époque du rétablissement définitif du culte. On seréservait d’instituer, le même jour, les nouveaux évêques, de chanterun Te l)eum, et de faire prêter au cardinal légat le serment qu’ildevait au premier consul.
Les formalités indispensables dont il fallait que la publication du con-cordat fût précédée, avaient pris beaucoup plus de temps qu’on ne l’avaitcru d’abord, et avaient conduit jusqu’à l’époque où les préliminairesde paix venaient d’être signés à Londres . Le premier consul auraitvoulu pouvoir faire coïncider la fête consacrée le 18 brumaire à la paixgénérale, avec la grande solennité religieuse de la restamration duculte. Mais il fallait que les démissions des anciens titulaires fussentarrivées à Rome , avant d’y faire approuver la nouvelle circonscriptiondiocésaine et les choix des nouveaux évêques. Ces démissions deman-dées par le pape à l’ancien clergé français , étaient dans ce momentl’objet de l’attention générale. On désirait savoir de toutes partscomment serait accueilli ce grand acte, du pape et du premier con-sul, se tenant par la main, et demandant aux anciens ministres duculte, amis ou ennemis de la révolution, répandus en Russie, en Alle-magne, en Angleterre, en Espagne , leur demandant de sacrifier leurposition, leurs affections de parti, l’orgueil même de leurs doctrines,pour faire triompher l’unité de l’Église, et rétablir la tranquillitéintérieure de la France . Combien y en aurait-il qui seraient assezsensibles à ce double motif, pour immoler tant de sentiments et d’in-térêts personnels à la fois ? Le résultat prouva la sagesse du grand acte<jue faisaient en ce moment le pape et le premier consul ; il prouval’empire que pouvait exercer sur les âmes l’amour du bien noblementinvoqué par un saint pontife et un héros.