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LIVRE XIV.

devait en enseigner ce qui est utile dans toutes les professions de lavie, et ce qui est nécessaire pour passer des écoles secondaires auxécoles spéciales. L'instruction religieuse y devait être donnée par desaumôniers; l'instruction militaire, par de vieux officiers sortis del’armée. Tous les mouvements devaient s’y exécuter au pas militaireet au son du tambour. Ce régime était convenable à une nation destinéetout entière à manier les armes, ou dans l'armée ou dans la garde na-tionale. Huit professeurs de langues anciennes ou de belles-lettres, uncenseur des études, un économe, chargé du matériel, un chef supérieur,sous le nom de proviseur, composaient le personnel de ces établisse-ments.

Telles étaient les écoles dans lesquelles le premier consul voulait formerla jeunesse française. Mais comment l’y attirer? Là était la difficulté.Le premier consul y pourvut par un moyen hardi et sûr, comme ilfaut les employer quand on veut sérieusement atteindre un but. 11imagina de créer six mille quatre cents bourses gratuites, dont l’Étatferait les frais, et qui, au taux moyeu de sept à huit cents francs,représenteraient une dépense totale de cinq à six millions par an,somme considérable alors. Ces six mille et quelques cents élèves suffi-saient pour fournir le fond de la population des lycées. La confiancedes familles, qu'on espérait acquérir plus tard, devait un jour dispenserl'État de continuer un tel sacrifice. Le produit de ces six mille boursesformait en même temps une ressource suffisante pour couvrir la plusgrande partie des frais des nouveaux établissements.

Le premier consul entendait distribuer de la manière suivante lesbourses dont le gouvernement allait avoir la disposition : deux millequatre cents devaient être données aux enfants des militaires en retraitequi étaient peu aisés, des fonctionnaires civils qui avaient utilementservi, des habitants des provinces récemment réunies à la France . Lesquatre mille autres étaient destinées aux pensionnats actuellementétablis. Il y avait en effet un grand nombre de ces pensionnats ex-ploités par l’industrie particulière. Le premier consul crut devoir leslaisser exister ; mais il les rattacha à son plan par le moyen le plussimple et le plus efficace. Ces pensionnats ne pouvaient subsisterdésormais qu’avec l’autorisation du gouvernement ; ils devaient êtreinspectés tous les ans par les agents de l’État ; ils étaient obligés d'en-voyer leurs élèves aux cours des lycées, moyennant une faible rétribu-tion. Enfin, les quatre mille bourses devaient, après un examen annuel)