Band 
[3. - 4.]
Seite
337
JPEG-Download
 

CONSULAT A VIE.

337

temps où contredire est la tendance dominante, d'autres où le goûtd’adhérer est général. On était alors porté à l’adhésion : la forme dupouvoir était, au fond, assez indifférente.

Il faut toutefois le reconnaître, celte république nominale avait unerare grandeur : elle rappelait, sous quelques rapports, la républiqueromaine convertie en empire. Ce sénat avait la puissance du sénat del'ancienne Rome , puissance qu’il livrait à l’empereur quand celui-ciétait fort, qu’il reprenait pour en user lui-même, quand l’empereurétait faible ou libéral. Ce premier consul avait bien le pouvoir desempereurs romains; il en avait l’hérédité, c’est-à-dire le choix entreses successeurs naturels ou adoptifs. Ajoutons qu’il en avait à peu prèsla puissance sur le monde.

La nouvelle constitution remaniée était prèle; les votes demandés àtous les citoyens étaient émis. Le consul Cambacérès , toujours conci-liant, proposa au premier consul l’idée fort sage de conlicr au sénat lesoin de supputer les votes recueillis, d’en compter et d’en proclamerle nombre. C était, disait-il avec raison, une manière toute naturellede tirer ce grand corps d’une situation fausse, amenée par une me*prise. Le sénat avait, effectivement,.proposé une prorogation de dixans, et le premier consul avait pris le consulat à vie. Depuis le sénats’était tu, et n’avait fait ni pu faire aucune démaiche. Lui donner lerésultat à proclamer, c’était l’y associer, et le tirer de l’état de gêne oùil sc trouvait. « Venez, dit M. Cambacérès au premier consul, venezau secours de gens qui se sont trompés en voulant trop vous deviner. »Le premier consul sourit d’une malice peu ordinaire à son prudentcollègue, et consentit avec empressement à la proposition si sensée quilui était faite. Les registres sur lesquels les votes avaient été déposés,furent envoyés au sénat pour qu’il en fit la supputation. 3,577,259 ci-toyens avaient donné leurs suffrages, et, sur ce nombre, 3,568,885avaient voté pour le consulat à vie. Sur cette énorme masse d’approba^leurs, il y avait eu seulement huit mille et quelques cents refusants :c’était une imperceptible minorité. Jamais gouvernement n’a obtenuun tel assentiment, et ne l'a mérité au même degré.

Ce résultat constaté, le sénat rendit un sénalus-consulte en troisarticles. Le premier de ces articles était ainsi conçu : Le peuplefrançais noji.vie , et le sénat proclame , Napoléon Bonaparte premierconsul à vie.

C’est à partir de cette époque que le prénom de Napoléon a com-