32 LIVRE XV.
les révolutionnaires, de manière à conserver la majorité à ces derniers.Mais, dans leur irritation, cinq des révolutionnaires choisis refusèrentd’accepter. La majorité sc trouvait dès lors changée d’une manièred’autant plus fâcheuse, que le sénat, une fois formé , devait sc com-pléter lui-mème. 11 se compléta en effft, cl dans le sens des oligarques.Aussi, quand il fallut nommer le landamman, et opter entre deux can-didats, M. Reding, qui était le chef des oligarques, et M. Dolder, quiétait le chef des révolutionnaires modérés, M. Reding l’emporta d’unevoix. M. Dolder était un homme sage, capable, mais d'une énergiemédiocre. M. Reding était un ancien officier, peu éclairé, mais éner-gique, ayant servi dans les troupes suisses à la solde des puissancesétrangères, et fait avec intelligence, en 1798, la guerre des montagnescontre l’armée française . Il était du petit canton deSchwitz, et le chefde cette famille privilégiée, qui disposait de tous les grades dans lerégiment de Reding. Les oligarques de toute la Suisse avaient adoptécelte espèce de chef de clan, et lui avaient donné leur confiance. Toutrude qu'il était, M. Reding ne manquait pas d une certaine finesse; ilétait flatté de sa nouvelle dignité, et tenait à la conserver. Il savaitqu’il ne le pouvait pas longtemps contre la volonté de la France . D'ac-cord avec les siens, il imagina de se rendre brusquement à Paris , pouressayer de persuader au premier consul, que le parti des oligarquesétait le parti des honnêtes gens, qu'il fallait le souffrir au pouvoir,permettre qu'il y fil ses volontés, et qu a ces conditions on auraitune Suisse dévouée à la France . Le premier consul reçut M. Redingavec égards, et l'écouta avec quelque attention. M. Reding affecta dese montrer dépourvu de préjugés, et plutôt militaire qu’oligarque ; ilparut flatté d'approcher le premier général des temps modernes, et dis-posé comme lui à se mettre au-dessus des passions de partis. Il offritdivers accommodements, qui pouvaient être acceptés, sauf à voir si laconduite répondrait aux promesses. D’après ces accommodements, lesénat devait être porté à trentre membres, et le choix des cinq nou-veaux membres fait exclusivement parmi les patriotes. On devait choisirégalement parmi eux un second landamman, alternant avec le premierdans l’exercice du pouvoir. Des commissions cantonales, composées demoitié par le sénat et par les cantons eux-mêmes, devaient être chargéesde donner à chacun d’eux la constitution qui lui conviendrait. Il étaiten outre accordé que l’Argovie et le paysdeVaud resteraient détachésde Berne ; et en revanche, que les agglomérations de territoire qui