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LIVRE XV.

çaise, s'était rallumée bientôt, depuis que la Prusse, se séparant de lacoalition, avait fait sa paix avec la France , et s'était enrichie par saneutralité, pendant que l’Autriche s’épuisait pour soutenir seule laguerre entreprise en commun. Maintenant surtout que, la guerre finie,il fallait partager le patrimoine de l’Église, l’avidité des deux coursavait ajouté de nouveaux ferments à la passion qui les divisait.

La Prusse voulait naturellement profiter de l’occasion des séculari-sations pour affaiblir à jamais l’Autriche . Celle-ci était à la fin du dix-huitième siècle, comme dans la guerre de trente ans, comme dansles guerres de Cliarles-Quint, l'appui du parti catholique : non pasque, dans tous les cas, les protestants fussent portes pour la Prusse, etles catholiques pour l’Autriche ; les jalousies de voisinage au contrairealtéraient souvent ces relations. Ainsi, la Bavière , catholique fervente,mais sans cesse alarmée des vues de l'Autriche sur son territoire, votaitordinairement avec la Prusse . La Saxe *, quoique protestante, étaitsouvent opposée à la Prusse par défiance de voisinage, et votait avecl’Autriche. Mais, en général, l’Autriche avait pour clients les princescatholiques, et particulièrement les États ecclésiastiques. Ceux-ci opi-naient en sa faveur quand il fallait déférer l’empire ; ils se conformaientà son avis dans les assemblées où se débattaient les affaires générales.Ne levant pas d’armées, ils laissaient les recruteurs autrichiens prendredes soldats chez eux ; de plus, ils fournissaient des apanages aux cadetsde la maison impériale. L’archiduc Charles, par exemple, venait derecevoir un riche bénéfice dans la grande maîtrise de l'ordre Teuto-nique, qui lui avait été récemment déférée. Levêque de Munster etl’archevêque de Cologne étant morts, les chapitres de ces deux siègesavaient nommé l’archiduc Antoine pour remplacer les prélats défunts.Comme dans tous les pays aristocratiques, l'Église fournissait ainsi desdotations aux puînés des grandes familles. La Prusse naturellementsavait mauvais gré aux États ecclésiastiques de donner à l’Autriche dessoldats, des apanages et des voix à la diète.

Une fois engagés dans les réformes constitutionnelles, les princesallemands allaient être amenés à d’autres changements encore, notam-ment à la suppression des villes libres et de la noblesse immédiate.

Les villes libres devaient leur origine aux empereurs. De même queles rois de France avaient jadis affranchi les communes de la tyrannie

1 II faut toutefois remarquer qu’à cette époque l’électeur de Saxe était catho-lique, tandis que son pays était protestant, et comptait pour tel.