109
RUPTURE DE LA PAIX DAMIENS.
ment avec toutes les nations, et à chercher ses objets de nécessité oude luxe là où ils sont meilleurs et à plus lias prix. C’était le cas deSaint-Domingue . L'ile avait ressenti de la libre présence des pavillonsétrangers, surtout du pavillon américain, un avantage infini. Les vivresy abondaient; les marchandises d’Europe s’y vendaient à bon marché;scs denrées étaient enlevées dès qu’elles paraissaient sur le marché.Ajoutez que les nouveaux colons, les uns noirs parvenus par la révolte,les autres blancs réintégrés, tous affranchis d’engagements envers lescapitalistes de la métropole, n’étaient pas, comme les anciens colonsen 1789, accablés de dettes, et obligés de déduire de leurs profitsl’intérêt d’énormes capitaux empruntés. Ils étaient plus opulents avecde moindres bénéfices. Les villes du Cap, du Port-au-Prince , deSaint-Marc, des Cayes, avaient recouvré une sorte de splendeur. Lestraces de la guerre y étaient presque effacées : on voyait dans la plupartd’entre elles des demeures élégantes, construites pour les officiers noirs,habitées par eux, et rivalisant avec les plus belles maisons de ces ancienspropriétaires blancs, jadis si orgueilleux, si renommés par leur luxe etleur dissolution.
Le chef noir de la colonie avait mis le comble à sa prospérité récentepar l’occupation hardie de la partie espagnole de Saint-Domingue .Celte île, dans sa longueur, se trouvait jadis partagée en deux portions,dont l’une, placée à l’est, se présentant la première en venant d Europe ,appartenait aux Espagnols ; dont l’autre, placée à l'ouest, tournée versCuba et l’intérieur du golfe de Mexique, appartenait aux Français .Celte partie ouest, composée de deux promontoires avancés, quiforment, outre un vaste golfe intérieur, une multitude de rades et depetits ports, était plus propre que l’autre aux plantations, lesquellesont besoin d'ètre situées près des points d’embarquement. Aussi était-elle couverte de riches établissements. La partie espagnole, au contraire,peu montagneuse, présentant peu de golfes, contenait moins de sucrerieset de cafèteries; mais en revanche elle nourrissait beaucoup de bétail,de chevaux, de mulets. Réunies, ces deux portions pouvaient se rendrede grands services, tandis que séparées par un régime colonial exclusif,elles étaient comme deux îles éloignées, ayant l une ce qui manque àl’autre, et ne pouvant se le donner à cause de la distance. Toussaint,après avoir chassé les Anglais , avait tourné toutes ses idées vers l’occu-pation de la partie espagnole. Affectant une soumission scrupuleuseenvers la métropole, tout en se conduisant d'après sa seule volonté, il