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LIVRE XVI.

s'était armé du traité de Bâle, par lequel l’Espagne cédait à la France la possession entière de Saint-Domingue, et il avait sommé les autoritésespagnoles de lui livrer la province qu’elles détenaient encore. Il setrouvait dans le moment un commissaire français à Saint-Domingue ,car depuis la révolution la métropole n’était plus représentée dans l’ileque par des commissaires à peine écoutés. Cet agent, craignant lescomplications qui pouvaient résulter en Europe de cette opération,n’ayant d’ailleurs reçu aucun ordre de France , avait inutilement com-battu la résolution de Toussaint. Gelui-ci, ne tenant aucun compte desobjections qu’on lui adressait, avait mis en mouvement toutes lesdivisions de son armée, et avait exigé des autorités espagnoles, inca-pables de résister, les clefs de Santo-Domingo . Ces clefs lui avaient étéremises, et il s’était rendu ensuite dans toutes les villes, ne prenantd'autre titre que celui de représentant de la France , mais se comportanten réalité comme un souverain, et se faisant recevoir dans les églisesavec l’eau bénite et le dais.

La réunion des deux parties de l’îlcsous une même domination avaitproduit pour le commerce et l’ordre intérieur des résultats excellentset instantanés. La partie française, abondamment pourvue de tous lesproduits des deux mondes, en avait donné une quantité considérableaux colons espagnols, en échange des bestiaux, des mulets, des chevauxdont elle avait grand besoin. En même temps les nègres qui voulaientse soustraire au travail par le vagabondage ne trouvaient plus dans la par-tie espagnole un asile contre les recherches incessantes de la police noire.

C’est par tous ces moyens réunis que Toussaint avait fait refleuriren deux ans la colonie. On n’aurait pas une idée exacte de sa politique,si on ne savait en même temps comment il se conduisait entre laFrance et l’Angleterre. Cet esclave, devenu libre et souverain, conservaitau fond du cœur une involontaire sympathie pour la nation dont ilavait portéles chaînes, et répugnait avoir les Anglais a Saint-Domingue .Aussi avait-il fait de nobles efforts pour les en expulser, et il y avaitréussi. Son intelligence politique, profonde quoique inculte, le con-firmait dans ses sentiments naturels, et lui faisait comprendre que lesAnglais étaient les maîtres les plus dangereux, car ils possédaient unepuissance maritime qui rendrait leur autorité sur i’iîe effective etabsolue. Il ne voulait donc à aucun prix de leur domination. LesAnglais, en évacuant le Port-au-Prince , lui avaient offert la royauté deSaint-Domingue , et la reconnaissance immédiate de cette royauté,'s’il