Band 
[3. - 4.]
Seite
111
JPEG-Download
 

RUPTURE DE LA PAIX D AMIENS.

111

consentait à leur assurer le commerce de la colonie. 11 s’y était refusé,soit qu’il tint encore à la métropole, soit qu’effrayé par la nouvelle dela paix, il craignit une expédition française, capable de réduire saroyauté au néant. D’ailleurs la vanité d’appartenir à la première nationmilitaire du monde, le secret plaisir d’être général au service de France ,de la main même du premier consul, l’avaient emporté chez Toussaintsur toutes les offres de l’Angleterre. Il avait donc voulu rester Français .Tenir les Anglais à distance, en vivant pacifiquement avec eux; recon-naître l’autorité nominale de la F’rance, et lui obéir tout juste assezpour ne pas provoquer le déploiement de ses forces, telle était lapolitique de cet homme singulier. Il avait reçu les commissaires dudirectoire, et puis les avait successivement renvoyés, notamment legénéral Hédouville, en prétendant qu'ils méconnaissaient les intérêtsde la mère patrie, et lui demandaient des choses inexécutables oufunestes pour elle.

Sa politique au dedans n’est pas moins digne d’attention que sa po-litique au dehors. Sa manière d’être envers toutes les classes d’habitants,noirs, blancs ou mulâtres, répondait à ce que nous venons de dire delui. Il détestait les mulâtres comme plus voisins de sa race, et caressaitau contraire les blancs avec un soin extrême, moyennant qu’il en obtîntquelques témoignages d’estime,qui lui prouvassent que son génie faisaitoublier sa couleur. Il montrait à cet égard une vanité de noir parvenu,dont toute la vanité des blancs parvenus, dans l’ancien monde , nesaurait donner une idée. Quant aux noirs, il les traitait avec une in-croyable sévérité, mais pourtant avec justice ; il se servait auprès d’euxde la religion, qu’il professait avec emphase, et surtout de la liberté,qu’il promettait de défendre jusqu'à la mort, et dont il était pour leshommes de sa couleur le glorieux emblème, car on voyait en lui ce que,par elle, un nègre pouvait devenir. Son éloquence sauvage les charmait.I)u haut de la chaire, où il montait souvent, il leur parlait de Dieu ,de l’égalité des races humaines, et leur en parlait avec les plus étrangeset les plus heureuses paraboles. Un jour, par exemple, voulant leurdonner confiance en eux-mêmes, il remplissait un verre avec des grainsde maïs noir, y mêlait quelques grains de maïs blanc, puis, agitant ceverre, et leur faisant remarquer combien les grains blancs disparaissaientpromptement dans les noirs, il disait : <> Voilà ce que sont les blancsau milieu de vous. Travaillez, assurez votre bien-être par votre travail;et si les blancs de la métropole voulaient nous ravir notre liberté, nous