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LIVRE XVi.

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ses officiers, la garantie de la liberté des noirs, mais avec l'autorité po-sitive de la métropole, représentée par le capitaine général. Afin deprouver à Toussaint la bienveillance du gouvernement, on lui renvoyaitses deux fils élevés en France , et accompagnés de leur précepteur,M. Coisnon. A cela le premier consul ajoutait une lettre noble et flat-teuse *, dans laquelle, traitant Toussaint comme le premier homme

' Je crois faire plaisir en reproduisant cette lettre ; elle dessine admirablementla politique du premier consul dans les affaires des Antilles .

« Citoyen général,

» La paix avec l’Angleterre et toutes les puissances de l’Europe qui vient d’as-seoir la république au premier degré de puissance et de grandeur , met à mêmele gouvernement de s’occuper delà colonie de Saint-Domingue. Nous envoyons lecitoyen Leclerc, notre beau-frère, en qualité de capitaine général, comme premiermagistrat de la colonie. Tl est accompagné de forces convenables pour faire res-pecter la souveraineté du peuple français. C’est dans ces circonstances que nousnous plaisons à espérer que vous allez nous prouver, et à la France entière, lasincérité des sentiments que vous avez constamment exprimés dansles différenteslettres que vous nous avez écrites. Nous avons conçu pour vous de l’estime, etnous nous plaisons à reconnaître, à proclamer les grands services que vous avezrendus au peuple français. Si son pavillon flotte à Saint-Domingue , c’est à vouset aux braves noirs qu'il le doit. Appelé, par vos talents et la force des circon.stances, au premier commandement, vous avez détruit la guerre civile, mis unfrein à la persécution de quelques hommes féroces, remis en honneur la religionet le culte de Dieu de qui tout émane. La constitution '. que vous avez faite, enrenfermant beaucoup de bonnes choses, en contient qui sont contraires à la sou-veraineté du peuple français, dont Saint-Domingue ne forme qu’une portion.

» Les circonstances où vous vous êtes trouvé, environné de tous côtés d’ennemis,sans que la métropole pût ni vous secourir ni vous alimenter, ont rendu légitimesles articles de cette constitution qui pourraient ne pas l’être Mais aujourd’hui queles circonstances sont si heureusement changées, vous serez le premier à rendrehommage à la souveraineté de la nation qui vous compte au nombre de ses plusillustres citoyens, par les services que vous lui avez rendus et par les talents et laforce de caractère dont la nature vous a doué. Une conduite contraire serait in-conciliable avec l’idée que nous avons conçue de vous. Elle vous ferait perdre vosdroits nombreux à la reconnaissance et aux bienfaits de la république, et creuse-rait sous vos pas un précipice qui, en vous engloutissant, pourrait contribuer auxmalheurs de ces braves noirs dont nous aimons le courage, et dont nous nousverrions avec peine obligés de punir la rébellion.

» Nous avons fait connaître à vos enfants et à leur précepteur les sentimentsqui nous animaient. Nous vous les renvoyons.

» Assistez de vos conseils, de votre influence et de vos talents le capitaine gé-néral. Que pouvez-vous désirer? la liberté des noirs? Vous savez que dans tousles pays où nous avons été, nous l’avons donnée aux peuples qui ne l'avaient pas.De la considération, des honneurs, de la fortune? Ce n’est pas après les services

* La constitution dont parte Honaparte avait cto rédigée le 3 juin 1800, par une assemblée cen -traie convoquée par Toussaint pelle fut sanctionnée'par celui-ci te ■'* juillet suivant.