LIVRE XVI.
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mer devenue libre^ (in aurait obligé les escadres à s'altcndre les miesles autres dans un lieu convenu, afin de les faire arriver toutes en-semble à Saint-Domingue , et de surprendre Toussaint avant qu’il fûten mesure de se défendre. Malheureusement, dans l'incertitude où l’onétait, au moment de l’expédition, sur la signature de la paix définitive,il fallut les faire partir des ports de Brest, Rochefort, Cadix et Toulon ,sans obligation de s’attendre, et avec ordre d'arriver le plus tôt possibleà leur destination. L’amiral Villarct-Joyeuse, appareillant de Brest et deLorient avec seize vaisseaux, et une force d'environ 7 à 8,000 hommes,avait ordre de croiser quelque temps dans le golfe do Gascogne, pouressayer d’y rencontrer l'amiral Latouche-Trévillc, qui devait sortir deRochefort avec six vaisseaux, six frégates et 3,000 ou 4,000 hommes. L'a-miral Villaret, s'il n’avait pu rallier faillirai Latouche, devait passeraux Canaries, pour voir s’il n’y trouverait pas la division Linois venantde Cadix, la division Ganteaume venant de Toulon , l une et 1 autre avecun convoi de troupes. Il devait enfin se rendre dans la baie de Samana,la première qui se présente à une escadre arrivant d’Europe . Se con-formant aux ordres qu’elles avaient reçus, ces diverses escadres se cher-chant , sans perdre de temps à se réunir, parvinrent à des époquesdifférentes au rendez-vous commun de Samana. L'amiral Villaret y
tuait aucunement l'indépendance de ce pays ; ta France pouvait y consentir, maisrien ne l’y obligeait. Si Bonaparte changea de politique lorsque Toussaint se futdécidé à combattre la métropole les armes à la main, n’était-i! pas dans son droit?Devait-il envisager ce chef rebelle comme une puissance parce qu’il s'était déclaréindépendant, et traiter avec lui comme avec le représentant d'une nation consti-tuée et reconnue? Certes, non. « L'honneur, comme l'intérêt de la France , voulaitqu’on le fit rentrer dans le néant r Yoilà pour le fond de l’entreprise ; quant àla dissimulation dont quelques écrivains accusent le premier consul, peut-on ainsiqualifier les expressions contenues dans sa lettre, et même les mesures que la con-duite du chef des noirs provoqua? Dans la situation où se trouvait File, pouvait-onbrusquer les événements sans risquer de tout compromettre, de hâter l’explosiond’une révolte préparée par les intrigues de Toussaint, et de provoquer le massacredu petit nombre de blancs échappés aux boucheries de 1793 et de 1794? La plussimple politique ordonnait d'agir avec prudence et de se servir avant tout desarmes de la persuasion. 11 y a des moments où un gouvernement, tout fort qu'ilpeut être, doit faire abnégation de ses volontés, saisir avec adresse le mal qui leronge et se servir des armes mêmes de son adversaire. Qu’aurait-on dit si Bona-parte eût fulminé dès le principe un manifeste de guerre, une déclaration impé-rieuse qui eût hâté la guerre civile dans la colonie? On l’eût taxé d'imprudence,et l'accusation eût été fondée.
(Extrait de mon Histoire chronologique de la République et de l’Empire.) (F.XV.)
1 Mémoires attribués à Napoléon.