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EIVHE XVI.

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yeux du danger dont il était menacé. Ne doutant plus, à la vue del’escadre française , du sort qui l’attendait, il prit le parti de recouriraux dernières extrémités plutôt que de subir l'autorité de la métropole.Il n'était pas bien certain qu’on voulût remettre les nègres en esclavage;il ne pouvait même pas le croire ; mais il pensa qu’on voulait le rangersous l’obéissance de la France , et cela lui suffisait, pour le décider à larésistance. Il résolut de persuader aux noirs que leur liberté était enpéril, de les ramener ainsi de la culture à la guerre, de ravager lesvilles maritimes, de brûler les habitations, de massacrer les blancs, dese retirer ensuite dans les mornes (c’est de ce nom qu’on appelle lesmontagnes de forme particulière dont la partie française est partouthérissée), et d’attendre dans ces retraites que, le climat dévorant lesblancs, on pût se jeter sur eux pour achever leur extermination. Tou-tefois, espérant arrêter l’armée française par de simples menaces, peut-être aussi craignant, s’il ordonnait trop tôt des actes atroces, den’êtrepasponctuellement, obéi par les chefs noirs, qui, à son exemple, avaient,pris le goût des relations avec les blancs, il perscrivit à ses officiers derépondre aux premières sommations de l’escadre qu’ils n’avaient pasordre de la recevoir ; puis si elle insistait, de la menacer, en cas dedébarquement, d’une destruction totale des villes, et enfin, si le débar-quement s’exécutait, de tout détruire et tout massacrer, en se retirantdans l’intérieur de l’ile. Tels furent les ordres donnés à Christophe,qui gouvernait le nord, au féroecDessalines, chef de l’ouest, à Laplume,noir plus humain, commandant dans le sud.

L’escadre de Villaret, s’étant portée jusqu’à Monte-Christ, demandades pilotes pour la diriger dans les rades du Fort-Dauphin et du Cap,eut beaucoup de peine à s’en procurer, détacha en passant la divisionMagon sur le Fort-Dauphin , et arriva le 3 février (14 pluviôse) devantle Cap. Toutes les balises étaient enlevées, les forts armés, et la dispo-sition à la résistance évidente. Une frégate, envoyée pour communiqueravec la terre, reçut la réponse dictée par Toussaint. On n’avait pasd’instructions, disait Christophe; il fallait attendre une réponse ducommandant en chef, absent dans le moment ; on résisterait par l’in-cendie et le massacre à toute tentative de débarquement exécutée devive force. La municipalité du Cap, composée de notables, blancs etgens de couleur, vint exprimer ses angoisses au capitaine généralLeclerc. Elle était à la fois joyeuse de voir arriver les soldats de la mèrepatrie, et remplie d’épouvante en songeant aux menaces alfreuses de