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LIVRE XVI.

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présent. Christophe, Maurcpas, Dessalines, Clervaux , maintenus dansleurs grades et leurs hiens, étaient prêts à s’accommoder de ce régimeaussi bien que de celui de Toussaint Louverlure. Il suffisait pour celaqu’ils fussent rassurés sur la conservation de leurs richesses et de leurliberté.

Le capitaine général Leclerc, qui était un brave militaire, doux etsage, s'appliquait à rétablir l’ordre et la sécurité dans la colonie. Ilavait continué d’admettre les pavillons étrangers, pour favoriser l’in-troduction des vivres. Il leur avait assigné quatre ports principaux, leCap, le Port-au-Prince, les Cayes, Santo-Domingo , avec défense detoucher ailleurs, afin d’empècher l'introduction clandestine des armesle long des cotes. Il n avait restreint l’importation que relativementaux produits dEurope, dont il avait réservé la fourniture exclusiveaux négociants français de la métropole. Il était en effet arrivé unegrande quantité de vaisseaux marchands du Havre, de Nantes, de Bor-deaux, et on pouvait espérer que bientôt la prospérité de Saint-Do-mingue se rétablirait, non pas au profit des Anglais et des Américains,comme sous le gouvernement de Toussaint, mais au profit de laFrance , sans que la colonie y perdit aucun de ses avantages.

Cependant un double danger était à craindre: d’une part, le climattoujours funeste aux troupes européennes ; de l’autre, l'incurable défiancedes nègres, qui ne pouvaient pas, quoi qu’on fit, s’empêcher d’appré-hender le retour de l’esclavage. Aux dix-sept ou dix-huit mille hommesdéjà transportés dans la colonie, de nouvelles divisions navales, parties deHollande et de France , en avaient ajouté trois à quatre mille, ce quiportait à vingt et un ou vingt-deux mille le nombre des soldats de l’expé-dition. Mais quatre à cinq mille étaient déjà hors de combat, pareilnombre dans les hôpitaux, et douze mille au plus restaient pour suffireà une nouvelle lutte, si les nègres avaient encore recours aux armes.Le capitaine général apportait un grand soin à leur procurer du repos,des rafraîchissements, des cantonnements salubres, et ne négligeaitrien pour rendre complet et définitif le succès de l’expédition qui luiavait été confiée.

A la Guadeloupe , le brave Richepanse, débarqué avec une force detrois ou quatre mille hommes, avait dompté les nègres révoltés, et lesavait remis dans l’esclavage après avoir détruit les chefs de la révolte.Cette espèce de contre-révolution était possible et sans danger dansune île de peu d étendue comme la Guadeloupe : mais elle offrait un