LIVRE XVI.
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Le premier consul, ne se possédant plus, se vengeait par des réponsesinsérées au Moniteur , souvent écrites par lui-même, et dont on pouvaitreconnaître l’origine à une incomparable vigueur de style. I! s’y plai-gnait de la complaisance du ministère britannique pour le conspirateurGeorge, pour le diffamateurPeltier. Il demandait pourquoi on souffraitde tels hôtes, pourquoi on leur permettait de tels actes envers un gou-vernement ami, quand on avait le devoir par des traités, le moyen parune loi existante, de les réprimer. Le premier consul allait plus loin,et, s’adressant au gouvernement anglais lui-même, il demandait, dansles articles insérés au Moniteur , si ce gouvernement approuvait, s’ilvoulait ces odieuses menées, ces infâmes diatribes, puisqu’il les tolérait,ou bien, si, ne les voulant pas, il était trop faible pour les empêcher.Et il en concluait qu’il n'existait pas de gouvernement, là où l’on nepouvait réprimer la calomnie, prévenir l’assassinat, protéger enfinl’ordre social européen.
Alors le ministère anglais se plaignait à son tour. « Ces journauxdont le langage vous offense, disait-il, ne sont pas officiels ; nous n’enpouvons pas répondre; mais le Moniteur est l’organe avoué du gouver-nement français ; il est d’ailleurs facile de découvrir à son langage mêmela source de ses inspirations. Il nous injurie tous les jours, nous aussi,et avec plus de fondement, nous demandons satisfaction. »
Ce sont là les tristes récriminations dont, pendant plusieurs mois,furent remplies les dépêches des deux gouvernements. Mais tout àcoup survinrent des événements plus graves, qui fournirent à leurs dis-positions irascibles un objet plus dangereux , il est vrai, mais au moinsplus digne.
La Suisse , arrachée aux mains de l’oligarque Reding, était tombéedans celles du landamman Dolder, le chef du parti des révolutionnairesmodérés. La retraite des troupes françaises était une concession faite àce parti, afin de le rendre populaire, et une preuve de l’impatiencequéprouvait le premier consul de se debarrasser des affaires suisses .Cependant, il ne recueillit pas le fruit de ses excellentes intentions.Presque tous les cantons avaient adopté la constitution nouvelle, et ac-cueilli les hommes chargés de la mettreen vigueur ; mais, dans les petitscantons de Schwitz, d’Uri, d’Untenvalden, d’Appenzcll, de Giaris, desGrisons , l’esprit de révolte, soufflé par M. Reding et ses amis, avaitbientôt soulevé le peuple des montagnes. Les oligarques, se flattant del’emporter par la foree, depuis la sortie des troupes françaises, avaient