Band 
[3. - 4.]
Seite
153
JPEG-Download
 

RUPTURE DE LA PAIX d’aMIENS. 153

Il était convaincu d'obéir, en cette circonstance, à un grand intérêtnational : mais il était excité encore par l’espèce de défi qu’on lui jetaità la face de l'Europe , car les insurgés disaient tout haut, et leurs agentsrépétaient en tous lieux, que le premier consul avait les mains liées,(t qu’il n’oserait pas agir. La réponse adressée par ses ordres à lordHavvkesbury avait quelque chose de vraiment extraordinaire. Nous endonnons la substance, sans conseiller à qui que ce soit de limiter jamais.« Vous êtes chargé de déclarer, écrivait M. de Tallcyrand à 31. Otto,que si le ministère britannique, dans l’intérêt de sa situation parlemcn-taire, a recours à quelque notification ou à quelque publication de la-quelle il puisse résulter que le premier consul n’a pas fait telle ou tellechose, parce qu’on l’en a empêché, à l’instant même il la fera. Du reste,quant à la Suisse , quoi qu'on dise ou qu'on ne dise pas, sa résolutionest irrévocable. Il ne livrera pas les Alpes à 1,500 mercenaires soldéspar l’Angleterre. II ne veut pas que la Suisse soit convertie en unnouveau Jersey. Le premier consul ne désire pas la guerre, parce qu'ilcroit (pie le peuple français peut trouver dans l'extension de son com-merce autant d’avantages que dans l’extension de son territoire. Maisaucune considération ne l’arrêterait, si l’honneur ou l’intérêt de la ré-publique lui commandaient de reprendre les armes. Vous ne parlerezjamais de guerre, disait encore 31. de Talleyrand à 31. Otto, mais vousne souffrirez jamais qu’on vous en parle. La moindre menace, quelqueindirecte qu’elle fût, devrait être relevée avec la plus grande hauteur.De quelle guerre nous menacerait-on, d’ailleurs? De la guerre mari-time? Mais notre commerce vient à peine de renaître, et la proie quenous livrerions aux Anglais serait de bien peu de valeur. Nos Antilles sont pourvues de soldats acclimatés; Saint-Domingue seul en contient25,000. On bloquerait nos ports, il est vrai ; mais à l'instant même dela déclaration de guerre, l’Angleterre se trouverait bloquée à son tour.Les côtes du Hanovre, de la Hollande, du Portugal, de l’Italie , jusqu'àTarente, seraient occupées par nos troupes. Ces contrées que l’on nousaccuse de dominer trop ouvertement, la Ligurie, la Lombardie , laSuisse , la Hollande, au lieu detre laissées dans cette situation incer-taine, où elles nous suscitent mille embarras, seraient converties enprovinces françaises , dont nous tirerions d’immenses ressources; et onnous forcerait ainsi à réaliser cet empire des Gaules, dont on veut sanscesse elfrayer l'Europe . Et qu’arriverait-il, si le premier consul, quittantParis, pour aller s’établir à Lille ou à Saint-Omer , réunissant tous lisiv. a