LIVRE XVI.
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bateaux plats (les Flandres et de la Hollande, préparant des moyens detransport pour cent mille hommes, faisait vivre l’Angleterre dans lesangoisses d'une invasion toujours possible, presque certaine? L’Angle-terre susciterait-elle une guerre continentale? Mais où trouverait-elledes alliés? Ce n’est pas auprès de la Prusse et de la Bavière , qui doiventà la France la justice qu’elles ont obtenue dans les arrangements terri-toriaux de l’Allemagne. Ce n’est pas auprès de l’Autriche , épuisée pouravoir voulu servir la politique britannique. En tout cas, si on renou-velait la guerre du continent, ce serait l’Angleterre qui nous auraitobligés de conquérir l'Europe . Le premier consul n’a que trente-troisans, il n’a encore détruit que des États de second ordre ! Qui sait cequ'il lui faudrait de temps, s’il y était forcé, pour changer de nouveaula face de l’Europe , et ressusciter l’empire d’Occident? »
Tous les malheurs de l’Europe, tous ceux aussi de la France étaientcontenus dans ces formidables paroles, que l’on croirait écrites aprèscoup, tant elles sont prophétiques *. Ainsi le lion, devenu adulte,commençait à sentir sa force, et était prêt à en user. Couverte par labarrière de l’Océan, l'Angleterre se plaisait à l’exciter. Mais cette bar-rière n’était pas impossible à franchir ; il s’en est même fallu (1e bienpeu qu’elle ne fût franchie; et si elle l’avait été, l’Angleterre eûtpleuré amèrement les excitations auxquelles la portait une incurablejalousie. C’était d’ailleurs une politique cruelle à l’égard du continent,car il allait essuyer toutes les conséquences d’une guerre provoquée sansraison comme sans justice.
]\i. Otto avait ordre de ne parler ni de Malte ni de l’Égypte , car onne voulait pas même supposer que l’Angleterre put violer un traitésolennel, signé à la face du monde ; on se bornait à lui prescrire derésumer toute la politique de la France dans ces mots : Tout le traitéd’Amiens , rien que le traité d’Amiens .
M. Otto, qui était un esprit sage, fort soumis au premier consul,mais capable, dans un but utile, de mettre un peu du sien dans l’exé-cution des ordres qu’il recevait, adoucit beaucoup les paroles hautainesde son gouvernement. Néanmoins, avec cette réponse même adoucie,il embarrassa lord Hawkesbury, qui, effrayé de la prochaine réuniondu parlement, aurait voulu avoir quelque chose de satisfaisant à dire.
1 La dépêche dont nous venons de donner la substance est du 1 er brumairean XI ; elle est écrite par M. de Talleyrand à M. Otto, sous la dictée du premierconsul.