RUPTURE DE LA PAIX D AMIENS. 159
Elle faisait tomber ainsi tout sujet fondé de réclamation de la part del’Angleterre.
II fallait achever celte œuvre de pacification en donnant une consti-tution à la Suisse , et en fondant celte constitution sur la raison et surla nature du pays. Le premier consul, pour ôter à la mission du géné-ral Ney le caractère trop militaire qu elle paraissait avoir, lui conféra,au lieu du titre de général en chef, celui de ministre de France , avecles instructions les plus précises de se conduire doucement et modéré-ment envers tous les partis. Il n'y avait d’ailleurs que six mille Fran-çais en Suisse . Le surplus était demeuré à la frontière.
On avait appelé à Paris des hommes appartenant à toutes les opi-nions, des révolutionnaires ardents aussi bien que des oligarquesprononcés, pourvu que ce fussent des personnages influents dans lepays, et entourés de quelque considération. Les révolutionnaires detoute nuance désignés par les cantons vinrent sans hésiter. Les oli-garques refusèrent de nommer des représentants. Ils voulaient resterétrangers à ce qui allait se faire à Paris , et conserver ainsi le droit deprotester. Il fallut que le premier consul désignât lui-même les hommesqui les représenteraient. Il en choisit plusieurs, trois notamment desplus connus, MM. de Mulinen, d’Affry, de Watteville, tous distinguéspar leurs familles, par leurs talents, par leur caractère. Ces messieurspersistaient à ne pas venir. M. de Talleyrand leur fit comprendre quec’était de leur part un dépit mal entendu; qu’on ne les appelait paspour les faire assister au sacrifice des opinions qui leur étaient chères ;qu’au contraire, on tiendrait la balance égale entre eux et leurs adver-saires; qu'ils étaient bons citoyens, gens éclairés, et qu’ils ne devaient,pas refuser de contribuer à une constitution, dans laquelle on cher-cherait de bonne foi à concilier tous les intérêts légitimes, et parlaquelle d’ailleurs le sort de leur patrie so trouverait fixé pour long-temps. Touchés de cette invitation, ils eurent le bon esprit de sesoustraire aux influences de faction, et répondirent à l’appel honorablequi leur était adressé en se rendant immédiatement à Paris . Le pre-mier consul les accueillit avec distinction, leur dit que ce qu’il sou-haitait, tous les hommes modérés devaient le souhaiter avec lui, caril voulait la constitution que la nature avait elle-même donnée à laSuisse , c’est-à-dire l’ancienne, moins les inégalités de citoyen à citoyen,de canton à canton. Après avoir cherché à rassurer particulièrementles oligarques, parce que c’était contre eux qu’il venait d’employer la