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LIVRE XVI.
santés nations une noble rivalité ; mais songer à la guerre, la proposerparce qu'une nation grandit, parce qu’elle prospère, serait insensé etinhumain. Si on vous annonçait que le premier consul fait un canalpour amener la mer de Dieppe à Paris , il y a des gens qui le croiraient,et qui vous proposeraient la guerre. On parle des manufactures fran-çaises, de leurs progrès : j’ai vu ces manufactures, je les ai admirées ;mais, s'il faut en dire mon sentiment, je ne les crains pas plus que jene crains la marine de la France . Je suis certain que les manufacturesanglaises l’emporteront quand la lutte s’établira entre elles et les ma-nufactures françaises. Qu’on les laisse donc essayer leurs forces ; maisqu elles les essayent à Manchester, à Saint-Quentin . C’est là que la liceest ouverte ; c’est là le champ clos dans lequel doivent se rencontrer lesdeux nations. Faire la guerre pour assurer le succès des unes sur lesautres, serait barbare. On reproche aux Français d’interdire l’arrivéede nos produits dans leurs ports; mais est-ce là un droit dont vouspuissiez empêcher l’exercice? Et vous qui vous plaignez, y a t-il unenation qui emploie les prohibitions plus activement que vous ne lefaites? Une partie de notre commerce souffre, cela est possible ; maiscela s’est vu à toutes les époques, après la paix de 1763, après la paixde 1782. 11 y avait alors des industries développées par la guerre audelà de leurs proportions ordinaires, qui devaient rentrer à la paixdans des limites plus étroites, et d’autres en retour qui devaient prendreun plus grand développement. Que faire à tout cela? Devons-nous donc,pour l’ambition de nos marchands, verser à torrents le sang de lanation anglaise? Quant à moi, mon choix est fait. S’il faut, pour despassions insensées, immoler des milliers d’hommes, je reviens auxfolies de l’antiquité : j’aime mieux que le sang coule pour les expé-ditions romanesques d'un Alexandre, que pour la cupidité grossière dequelques marchands affamés d’or. »
Ces nobles paroles, dans lesquelles le patriotisme le plus sineère nenuisait point à l'humanité, car on peut concilier ces deux sentimentsdans un cœur généreux, produisirent un grand effet sur le parlementd’Angleterre. On avait singulièrement exagéré les progrès de notre in-dustrie et de notre marine. L'une et l’autre, sans doute, 'commençaienta renaître; mais on disait fait et accompli, ce qui était à peine com-mencé ; et ces exagérations, rapportées par le haut commerce, s étaientrépandues d’une manière funeste dans toutes les classes de la nationbritannique. Les paroles éloquentes et sensées de M. Fox vinrent