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RUPTURE DE IA PAIX I) AMIENS .

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Quand cette déclaration fut adressée à M. de Talleyrand , il en res-sentit la plus vive surprise. Quoiqu’il comprit les ombrages que devaitcauser en Angleterre tout ce qui touchait à l'Égypte , il ne pouvait passe figurer que la disposition à rendre Malte étant vraie, cette dispositionput être changée pour un motif aussi insignifiant que le rapport ducolonel Scbastiani. Il en lit part au premier consul, qui en fut surprisà son tour, mais, suivant son caractère, plus irrité que surpris.Toutefois il jugea, et M. de Talleyrand avec lui, qu'il fallait sortir d’unesituation pénible, intolérable, et pire que la guerre. Le premier consulse dit que, si les Anglais désiraient garder Malte, et que si toutes leursrécriminations notaient que de purs prétextes, destinés à cacher cedésir, il fallait s’en expliquer nettement avec eux, et leur faire com-prendre que, sur ce sujet, le tromper, le fatiguer ou l'ébranler étaitimpossible ; que si, au contraire, les inquiétudes qu’ils affichaientétaient sincères, il fallait les rassurer, en leur faisant connaître sesintentions avec une vérité de langage qui ne leur laissât aucun doute,Il résolut donede voir lui-même lord Withworth, de parler à cet ambas-sadeur avec une franchise sans bornes, afin de lui bien persuader queson parti était pris sur deux points, l’évacuation de Malte, qu’il voulaitexiger impérieusement, et la paix, dont il désirait le maintien de très-bonne foi, quand il aurait obtenu l’exécution des traités. C’était un essainouveau qu'il allait faire ; celui de tout dire, tout absolument, mêmece qu’on ne dit jamais à ses ennemis, afin de calmer leur défiance, s’ilsn’étaient que défiants, ou de les convaincre de fausseté, s’ils étaient demauvaise foi. Il en devait résulter, comme on va le voir, une scèneétrange.

Le 18 février au soir, il invita lord Witlnvorth à se rendre aux Tui-leries , et le reçut avec une grâce parfaite. Une grande table à travailoccupait le milieu de son cabinet; il fit asseoir l’ambassadeur à uneextrémité de cette table, et s’assit à l’autre *. Il lui dit qu’il avait voulule voir, l’entretenir directement, afin de le convaincre de ses véritables

1 Le premier consul raconta le jour même cette conversation au ministre desrelations extérieures, pour qu’on en fit part à nos ministres près des cours étran-gères. Il en parla à scs collègues, et à plusieurs personnes, qui en consignèrent lesouvenir. Enfin lord Withworth la transmit intégralement à son cabinet. Elle cir-cula dans toute l'Europe, et fut rapportée de beaucoup de façons différentes. C’estd’après ces versions, et en prenant ce qui m’a paru incontestable dans toutes, queje la reproduis ici. Je donne non pas les termes, mais le fond des choses, et j’engarantis la vérité.