LIVRE XVI.
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intentions, ce qu’aucun de ses ministres ne pouvait faire aussi bien quelui-même. Ensuite il récapitula ses rapports avec l’Angleterre dès leurorigine, le soin qu’il avait mis à offrir la paix le jour même de sonavènement au consulat, les refus qu'il avait essuyés, l’empressementavec lequel il avait renoué les négociations dès qu’il l’avait pu honora-blement, et enfin les concessions qu’il avait faites pour arriver à laconclusion de la paix d’Amiens . Puis il exprima le chagrin qu’ilressentait de voir ses efforts pour bien vivre avec la Grande-Bretagnepayés de si peu de retour. Il rappela les mauvais procédés qui avaientimmédiatement suivi la cessation des liosfilités, le déchaînement desgazettes anglaises, la licence permise aux gazettes des émigrés, licenceinjustifiable par les principes de la constitution britannique; lespensions accordées à George et à ses complices, les continuelles des-centes de chouans aux îles de Jersey et Guernesey , l’accueil fait auxprinces français, reçus avec les insignes de l’ancienne royauté ; l’envoid’agents en Suisse, en Italie , pour susciter partout des difficultés à laFrance . « Chaque vent, s’écria le premier consul, chaque vent qui se lèved’Angleterre, ne m’apporte que haine et outrage. Maintenant, ajouta-t-il,nous voilà parvenus à une situation dont il faut absolument sortir.Voulez-vous, ne voulez-vous pas exécuter le traité d’Amiens ?... Je l’ai,quant à moi, exécuté avec une scrupuleuse fidélité. Ce traité m’obligeaità évacuer Naples , Tarente et les États romains en trois mois ; et enmoins de deux mois les troupes françaises étaient sorties de tous cespays. Il y a dix mois écoulés depuis l’échange des ratifications, et lestroupes anglaises sont encore à Malle et à Alexandrie . Il est inutile dechercher à nous tromper à cet égard : voulez-vous la paix, voulez-vousla guerre? Si vous voulez la guerre, il n’y a qu’à le dire; nous laferons, avec acharnement, et jusqu’à la ruine de l’une des deux nations.Voulez-vous la paix, il faut évacuer Alexandrie et Malte. Car, ajoutale premier consul avec l’accent d’une résolution inébranlable, ce rocherde Malte, sur lequel on a élevé tant de fortifications, a sans doute unegrande importance sous le rapport maritime, mais il en a une bienplus grande à mes yeux, c’est d’intéresser au plus haut point l’hon-neur de la France . Que dirait le monde, si nous laissions violer untraité solennel signé avec nous? Il douterait de notre énergie. Pourmoi, mon parti est pris : j’aime mieux vous voir en possession deshauteurs de Montmartre que de Malte ! »
Effroyable parole, qui s’est trop réalisée pour le malheur de notrepatrie !