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LIVRE XVII.
facile de porter son armement total à cent vingt, avec le nombre de fré-gates et de petits bâtiments qu’un tel armement suppose. Elle ypouvait embarquer cent vingt mille matelots, et davantage encore, si,renonçant à ménager les neutres, elle exerçait la presse sur leurs bâti-ments de commerce. Elle possédait, en outre, des amiraux expéri-mentés, confiants, parce qu’ils avaient vaincu, se comportant sur mercomme les généraux Lannes, Ney, Masséna se comportaient sur terre.
La disproportion des deux flottes, résultant du temps et des circon-stances, était donc fort grande; néanmoins elle ne désespérait pas lepremier consul. Il voulait construire partout, au Tcxcl, dans l’Escaut,au Havre, à Cherbourg , à Brest, à Toulon , à Gènes. Il songeait àcomprendre un certain nombre de soldats de terre dans la compositionde ses équipages, et à racheter par ce moyen l'infériorité de notre po-pulation maritime. Il avait été le premier à s’apercevoir qu’un vaisseau,monté par 600 bons matelots et 200 ou 300 hommes de terre bienchoisis, tenu sous voiles pendant deux ou trois années, exercé aux ma-nœuvres et au tir, était capable de se mesurer avec tout vaisseau quel-conque. Mais, en employant ces moyens et d’autres encore, il lui auraitfallu dix années, disait-il, pour créer une marine. Or, il ne pouvaitpas attendre dix ans, les bras croisés, que sa marine, courant les merspar petits détachements, se fut rendue digne d’entrer en lutte avec lamarine anglaise. Employer dix ans à former une flotte, sans rien exé-cuter de considérable dans l’intervalle, eût été un long aveu d’impuis-sance , désolant pour tout gouvernement, plus désolant pour lui, quiavait fait sa fortune, et qui devait la continuer, en éblouissant le monde.Il devait donc, tout en s’appliquant à réorganiser notre armée navale,tenter audacieusement le passage du détroit, et se servir en mêmetemps de la crainte qu’inspirait son épée, pour obliger l’Europe àfermer à l’Angleterre les accès du continent. Si, à son génie d’exécu-tion pour les grandes entreprises , il joignait une politique habile, ilpouvait, par ces moyens réunis, ou détruire d’un seul coup, à Londres même, la puissance britannique, ou la ruiner à la longue en ruinantson commerce.
Beaucoup de ses amiraux, notamment le ministre Decrès , lui con-seillaient une lente recomposition de notre marine, consistant à formerde petites divisions navales, et à les faire courir sur les mers , jusqu’àce quelles fussent assez habiles pour manœuvrer en grandes escadres ;et, en attendant, ils l’exhortaient à s’en tenir là, regardant comme