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-- - LIVRE XVil.

lui imposait lin courageux et infatigable allié, et perdre , dans cesfluctuations, l’ile précieuse de La Trinité. Amie ou ennemie égalementimpuissante, on ne savait que faire d’elle, ni dans la paix, ni dans laguerre: non que celte noble nation, pleine de patriotisme, non que lemagnifique sol de la Péninsule, contenant les ports du Ferrol, de Cadix ,de Carthagène , fussent à dédaigner, il s’en fallait de beaucoup. Maisun indigne gouvernement trahissait, par une incapacité profonde, lacause de l’Espagne et celle de toutes les nations maritimes. Aussi, aprèsy avoir bien réfléchi, le premier consul ne songea-t-il à tirer du traitéd’alliance de Saint-Ildepbonse d’autre parti que celui d’obtenir dessubsides. Ce traité, souscrit en 1796, sous la première administra-tion du prince de La Paix, obligeait l’Espagne à fournir à la France 24,000 hommes, quinze vaisseaux de ligne, six frégates, quatre cor-vettes. Le premier consul prit la résolution de ne point réclamer cesecours. Il se dit avec raison qu’entraîner l’Espagne dans la guerrene serait rendre un service ni à la France ni à elle, qu elle n’y figureraitpas d’une manière brillante, quelle se trouverait sur-le-champ privéede sa seule ressource , les piastres du Mexique , dont l’arrivée seraitinterceptée; quelle ne pourrait équiper ni une armée, ni une flotte;quelle ne serait par conséquent d’aucune utilité, et fournirait à l'An-gleterre le prétexte depuis longtemps cherché de faire insurger toutel’Amérique du Sud ; que si, à la vérité , la participation de l’Espagne aux hostilités changeait en côtes ennemies pour les vaisseaux anglais toutes les côtes de la Péninsule, aucuu de ses ports ne pouvait avoirune influence utile, comme ceux de la Hollande, sur l’opération de ladescente ; que dès lors l'intérêt de les avoir à sa disposition n’était pasgrand ; que, sous le rapport commercial, le pavillon britannique étaitdéjà exclu de l’Espagne par les tarifs, et que les produits français con-tinueraient d’y trouver, en paix comme en guerre, une préférenceassurée. Par ces considérations réunies, il fit dire secrètement àM. d'Azara, ambassadeur de Charles IV à Paris , que, si sa cour ré-pugnait à la guerre, il consentait à la laisser neutre, à la condition d’unsubside de 6 millions par mois (72 millions par an), et d’un traité decommerce qui ouvrirait aux manufactures françaises un débouché pluslarge que celui dont elles jouissaient actuellement.

Celte offre fort modérée ne rencontra point à Madrid l’accueil quelleméritait. Le priuce de La Paix était en relations intimes avec les An-glais , et trahissait ouvertement l’alliance. C’est pour ce motif que le