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LIVRE XVII.

promettait une augmentation croissante de produits, même pendantla guerre, grâce à la confiance qu'inspirait un gouvernement vigoureuxet réputé invincible. C’est avec tous ces moyens que le premier consulse flattait d’ajouter aux 589 millions du budget de l’an XI la ressourceextraordinaire de 100 millions par an, pendant deux, trois ou quatreannées. Il avait pour l’avenir les impôts indirects. Il était ainsi assuréde pouvoir entretenir une armée de 150,000 hommes sur les côtes,une autre armée de 80,000 hommes sur le Rhin , les troupes néces-saires à l’occupation de l’Italie, de la Hollande et du Hanovre , 50 vais-seaux de ligne, une flottille de transport d’une étendue inconnue, sansexemple jusqu’ici, puisqu’il s’agissait d’embarquer 150,000 soldats,10,000 chevaux, 400 bouches à feu.

Le monde était agité, effrayé, on peut le dire, des apprêts de cettelutte gigantesque entre les deux empires les plus puissants du globe.Il était difficile qu’il n’en ressentit pas les conséquences, la guerre serenfermât-elle entre la France et l’Angleterre; car les neutres allaientessuyer les vexations de la marine britannique, et le continent allait êtreobligé de se prêter aux desseins du premier consul, soit en fermant sesports, soit en souffrant des occupations incommodes et dispendieuses.Au fond, toutes les puissances donnaient le tort de cette rupture à l’An-gleterre. La prétention de garder Malte avait paru à toutes, même auxmoins bienveillantes envers nous, une violation manifeste des traités,que rien ne justifiait dans ce qui s’était passé en Europe depuis la paixd’Amiens. La Prusse et l’Autriche avaient sanctionné par des conven-tions formelles ce qui s’était fait en Italie et en Allemagne , et approuvépar des notes ce qui s’était fait en Suisse. La Russie avait moins ex-pressément adhéré à la conduite de la France ; mais, sauf quelques ré-clamations, en forme de rappel, pour l’indemnité trop différée du roide Sardaigne , elle avait à peu près approuvé tous nos actes. Eile avaitloué notamment notre intervention en Suisse , comme habilement con-duite et équitablement terminée. Aucune des trois puissances du con-tinent ne pouvait donc trouver, dans les événements des deux dernièresannées, une justification de l’usurpation de Malte, et elles s’en expli-quaient avec franchise. Cependant, malgré cette manière de voir, ellespenchaient plutôt pour l’Angleterre que pour la France .

Bien que le premier consul eût mis tous ses soins à comprimer l’a-narchie, elles ne pouvaient s’empêcher de reconnaître en lui la révolu-tion française victorieuse, et beaucoup plus glorieuse qu’il ne leur con-