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CAMP DE BOULOGNE.

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venait. Deux d'entre elles, comme la Prusse et l’Autriche , étaient troppeu maritimes pour être fortement touchées du grand intérêt de laliberté des mers ; la troisième, c'est-à-dire la Russie , avait à cette libertéun intérêt encore trop éloigné pour s’en préoccuper vivement. Toutestrois étaient bien autrement affectées de la prépondérance de la France sur le continent, que de la prépondérance de l’Angleterre sur l’océan.Le droit maritime, que l’Angleterre voulait faire prévaloir, leur semblaitune atteinte à la justice et à l’intérêt du commerce général; mais ladomination que la France exerçait déjà, et allait être amenée à exercerdavantage en Europe , était un danger immédiat et pressant qui lestroublait profondément. Aussi en voulaient-elles beaucoup à l'Angle-terre d’avoir provoqué celte nouvelle guerre, et elles le disaient touthaut; mais elles étaient revenues à cette mauvaise disposition pour laFrance , que la sagesse et la gloire du premier consul avaient commesuspendue un instant, par une sorte de surprise faite à la haine par legénie.

Quelques paroles échappées aux plus grands personnages du tempsprouvent mieux que tout ce que nous pourrions dire, les sentiments despuissances à notre égard. M. Philippe de Cobeutzel, ambassadeur àParis , et cousin de M. Louis de Cobeutzel, ministre des affaires étran-gères à Vienne, s'entretenant à table avec l’amiral Decrès , qui, par lavivacité de son esprit, provoquait la vivacité de l’esprit des autres,M. de Cobentzel ne put se défendre de dire : « Oui, l'Angleterre atous les torts ; elle a des prétentions insoutenables; cela est vrai. Mais,lranchement, vous faites trop de peur à tout le monde, pour qu’on songemaintenant à craindre l'Angleterre 1 . » L’empereur d’Allemagne ,François II , qui a terminé de nos jours sa longue et sage vie, et quicachait sous une simplicité apparente une grande pénétration, l’em-pereur d’Allemagne , parlant à notre ambassadeur, M. de Champagny,de la nouvelle guerre, et en exprimant son chagrin avec une évidentebonne foi, affirmait qu’il était, quant à lui, résolu à rester en paix,mais qu’il était saisi d'inquiétudes involontaires, dont il osait à peinedire le motif. M. de Champagny l'encourageant à la confiance, il avait,avec mille excuses , avec mille protestations d’estime pour le premierconsul, il avait dit : « Si le général Bonaparte , qui a tant accompli demiracles, n’accomplit pas celui qu’il prépare actuellement, s’il ne passe

1 J’ai lu ce récit dans une note écrite de la main même de M. Decrès . et adresséesur-le-champ à Napoléon .