LIVRE XVII.
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pas le détroit, c’est nous qui en serons les victimes ; car il se rejetterasur nous, et battra l’Angleterre en Allemagne . » L’empereur François,qui était timide, eut regret de s'être autant avancé, et voulut revenirsur ses paroles ; mais il n était plus temps. M. deChampagny les mandatout de suite à Paris par le premier courrier *. G était de la part de ceprince la preuve d’une rare prévoyance, mais qui lui servit bien peu ;car c'est lui-même qui vint plus tard offrir à Napoléon l’occasion debattre, comme il le disait, l’Angleterre en Allemagne .
Au surplus, de toutes les puissances, l'Autriche était celle qui avaitle moins à redouter les conséquences de la présente guerre, si ellesavait résister aux suggestions de la cour de Londres . Elle n’avait eneffet aucun intérêt maritime à défendre, puisqu'elle ne possédait nicommerce, ni port, ni colonies. Le port ensablé de la vieille Venise ,qu'on venait de lui donner, n’avait pu lui créer des intérêts de cegenre. Elle n’était pas, comme la Prusse, l'Espagne ou Naples , souve-raine de vastes rivages, que la France fût tentée d'occuper. Il lui étaitdonc facile de rester en dehors de la querelle. Elle y gagnait, au con-traire, une pleine liberté d’action dans les affaires germaniques. LaFrance , obligée de faire face à l'Angleterre, ne pouvait plus peser detout son poids sur l’Allemagne, et l’Autriche , au contraire, pouvait sedonner carrière à l’égard des questions restées sans solution. Elle vou-lait, comme on l'a vu, changer le nombre des voix dans le collège desprinces, s'approprier frauduleusement toutes les valeurs mobiliaircsdes Etats sécularisés, empêcher l incorporation de la noblesse immé-diate, arracher l'Inn à la Bavière , et par tous ces moyens réunisreprendre sa supériorité en empire. L’avantage de résoudre toutes cesquestions comme elle l’entendrait, la consolait fort du renouvellementde la guerre, et, sans son extrême prudence, lui aurait presque inspiréde la joie.
Les deux puissances du continent les plus chagrines en ce momentétaient la Prusse et la Russie , par des motifs, il est vrai, fort différents,et point au même degré. La plus affectée était la Prusse. On comprendfacilement avec le caractère de son roi, lequel haïssait la guerre et ladépense, combien la perspective d'une nouvelle conflagration européennedevait lui être pénible. L’occupation du Hanovre avait en outre, pourson royaume, les plus graves inconvénients. Pour prévenir cette occu-
1 Je n’ai pas besoin de dire que ce récit est encore extrait d’une dépêche authen-tique de l’ambassadeur de France .