LIVRE XVII.
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navales ; ailleurs, la direction des forêts, par diverses formalités, avaitretardé les coupes de bois ; autre part, enfin, l’artillerie n’avait pasexpédié les bouches à feu ou les munitions nécessaires. Le premierconsul réparait ces négligences, ou levait ces obstacles par la puissancede sa volonté. Il arriva ainsi à Boulogne, centre principal auquel ve-naient aboutir ses efforts, et point de départ présumé de la grandeexpédition projetée contre l’Angleterre.
C’est le moment de faire connaître avec détail l’immense armementimaginé pour transporter 150,000 hommes au delà du détroit de Calais ,avec le nombre de chevaux, de canons, de munitions, de vivres qu’unetelle armée suppose. C’est déjà une vaste et difficile opération que detransporter 20,000 ou 30,000 hommes au delà des mers. L’expéditiond'Égypte, exécutée il y a cinquante ans, l’expédition d’Alger , exécutéede nos jours, en sont la preuve. Que sera-ce, s’il faut embarquer150,000 soldats, 10,000 ou 15,000 chevaux, trois ou quatre centsbouches à feu attelées? Un vaisseau de ligue peut contenir en moyenne6 ou 700 hommes, à condition d’une traversée de quelques jours; unegrosse frégate en peut contenir la moitié. Il faudrait donc deux centsvaisseaux de ligne pour embarquer une telle armée, c’est-à-dire uneforce navale chimérique, et que l’alliance de la France et de l’Angle-terre, pour un même but, peut tout au plus rendre imaginable. C’eûtété par conséquent une entreprise impossible, que de vouloir jeter150,000 hommes en Angleterre, si l’Angleterre eût été à la distancede l'Égypte ou de la Morée. Mais il ne fallait passer que le détroit deCalais , c’est-à-dire parcourir huit à dix lieues marines. Pour une telletraversée, il netait pas besoin d’employer de gros vaisseaux. On n’au-rait pas même pu s’en servir, si on les avait possédés, car il n’y a pasd’Ostcnde au Havre un seul port capable de les recevoir; et il n’yaurait pas eu sur la côte opposée, à moins de se détourner beaucoup,un seul port où ils pussent aborder. L’idée de petits bâtiments, vu letrajet, vu la nature des ports, s’était donc toujours offerte à tous lesesprits. D’ailleurs ces petits bâtiments suffisaient pour les circonstancesde mer qu’on était exposé à rencontrer. De longues observations, re-cueillies sur les cotes, avaient conduit à découvrir ces circonstances, età déterminer les bâtiments qui s’y adaptaient le mieux. En été, parexemple, il y a dans la Manche des calmes presque absolus, et assezlongs pour qu’on puisse compter sur quarante-huit heures du mêmetemps. Il fallait à peu près ce nombre d’heures, non pour passer, mais