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LIVRE .XVII.

inférieurs sous ccs deux rapports, étaient rangés en seconde ligne,faisant face aux intervalles qui séparaient les chaloupes, de manièrequ’il n'y eût aucun espace privé de feux. Les péniches, qui ne portaientque de petits obusiers, et qui étaient surtout redoutables par la mous-queterie, disposées, tantôt en avant de la ligne de bataille, tantôt enarrière ou sur les ailes, pouvaient rapidement courir à l'abordage, si onavait affaire à une flotte, ou jeter leurs hommes à terre si on voulaitopérer un débarquement, ou se dérober s’il fallait supporter un feu degrosse artillerie.

Ces trois espèces de bâtiments devaient être réunis au nombre de12 ou 1 , 500 . Ils devaient porter au moins 3,000 bouches à feu degros calibre , sans compter un grand nombre de pièces de petite di-mension , c’est-à-dire, lancer autant de projectiles que la plus forteescadre. Leur feu était dangereux , parce qu'il était rasant, et dirigevers la ligue de flottaison. Engagés contre de gros vaisseaux , ils pré-sentaient un but difficile à saisir, et liraient, au contraire, sur unbut facile à atteindre. Ils pouvaient se mouvoir , se diviser, et enve-lopper l’ennemi. Mais s’ils avaient les avantages de la division, ils enavaient aussi les inconvénients. L’ordre à introduire dans celte massemouvante et prodigieusement nombreuse était un problème extrê-mement difficile , à la solution duquel s’appliquèrent sans cesse,pendant trois ans, l’amiral Bruix et Napoléon. On verra plus lard àquel degré de précision dans les manœuvres ils surent arriver , etjusqu’à quel point le problème fut par eux résolu.

Quel effet aurait produit une escadre de haut bord , traversant àtoutes voiles cette masse de petits bâtiments, foulant, renversant ceuxqu elle rencontrerait devant elle, coulant à fond ceux qu’elle attein-drait de ses boulets, mais enveloppée à son tour par cette nuée d’en-nemis, recevant dans tous les sens un feu d’artillerie dangereux, as-saillie par la mousqueterie de 100,000 fantassins, et peut-êtreenvahie par d’intrépides soldats , dressés à l’abordage? On ne sauraitle dire, car on ne peut se faire une idée d’une scène aussi étrange ,sans aucun antécédent connu qui puisse aider l’esprit à en prévoir leschances diverses. L’amiral Decrès , esprit supérieur, mais dénigrant,admettait qu’en sacrifiant cent bâtiments et 10,000 hommes , onpourrait probablement essuyer la rencontre d’une escadre ennemie, etfranchir le détroit. « On les perd tous les jours dans une bataille , ré-pondait le premier consul 5 et quelle bataille a jamais promis les ré-