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LIVRE XVII.

courants très-forts à chaque marée. Lorsque la mer s'élève ou s’abaisse,elle produit alternativement un courant ascendant ou descendant,dont la direction est déterminée par la figure des côtes de France etd'Angleterre. La Manche est très-ouverte à l’ouest, entre la pointe duFinistère et celle de Cornouailles; très-resserrée à l'est, entre Calais et Douvres . La mer, en s’élevant, pénètre plus vivement par l'issue laplus large; ce qui produit à la marée montante un courant ascendantde l’ouest à l’est, de Brest à Calais . Le même effet se produit en senscontraire, quand la mer s'abaisse; elle fuit alors plus vite par l'issuela plus vaste ; et il en résulte, à la marée descendante, un courant del’est à l’ouest, de Calais à Brest . Ce double courant, recevant près descôtes, et de leur forme elle-même, diverses inflexions , devait porterune certaine perturbation dans la marche de ces deux mille navires;perturbation plus ou moins h craindre, suivant la faiblesse du vent etla force du flot. Cela diminuait beaucoup l’avantage de la traversée encalme , l’une des plus souhaitables. Toutefois le canal, entre Bou-logne et Douvres , non-seulement fort étroit, mais de plus peu profond,permettait de jeter l’ancre à égale distance des deux côtes. Lesamiraux regardaient donc comme possible de s’arrêter , dans le casd’une dérivation trop grande , et d’attendre à l’ancre le retour ducourant contraire, ce qui ne pouvait pas entraîner une perte de tempsde plus de trois ou quatre heures. C’était une difficulté , mais pointinsurmontable *.

Cet inconvénient avait bientôt fait abandonner une sorte de bâti-ments, appelés prames. Ceux-ci, tout à fait plats, sans aucune courburedans leurs flancs, et même à trois quilles, étaient de vrais pontonsflottants, destinés à porter beaucoup de canons et de chevaux. On avaitd’abord résolu d’en construire cinquante, ce qui aurait procuré desmoyens de transport pour 2,500 chevaux, et une force de 600 bouchesà feu. Mais l’infériorité de leurs qualités navigantes les fit bientôt aban-donner, et on n’en construisit pas au delà de douze ou quinze. Nousne parlerons pas de grosses barques, courtes et larges, armées d’unepièce de 24 à l’arrière, qu’on appelait caïques, ni de corvettes d’un

1 Tout ce que je rapporte ici est extrait de la volumineuse correspondance desamiraux, notamment de celle de l’amiral Bruix. avec le ministre de la marine etavec Napoléon. Il est bien entendu que je ne suppose rien, que je résume autantque je puis, avec la précision historique, tout ce qu’il y a d’essentiel dans cettecorrespondance, que je crois qualifier très-justement en l’appelant admirable.