CAMP DE BOULOGNE.
263
Une écluse de chasse fut ordonnée pour creuser le chenal, et pro-curer la profondeur d’eau nécessaire. Les ports qui ne sont pas, commecelui de Brest , formés par les sinuosités d’une côte profonde, et qu’onappelle ports d’échouage, consistent en général dans l’embouchure depetites rivières, qui grossissent à la marée haute, forment alors unbassin où les bâtiments se trouvent à flot, puis diminuent avec la maréebasse, jusqu’à ne plus présenter que de gros ruisseaux coulant sur unlit de vase, et laissant pendant quelques heures les bâtiments échouéssur leurs rives. Les sables que ces rivières entraînent, ramassés par lamer et ramenés eii face des embouchures, forment des bancs ou barres,qui gênent la navigation. Pour vaincre cet obstacle, on élève alorsdans le lit des rivières des écluses, qui s’ouvrent devant la marée mon-tante, recueillent l'abondance des eaux, retiennent cette abondanceen se refermant à la marée descendante, et ne la laissent échapperqu’au moment où l’on veut faire la chasse. Ce moment venu, et l’onchoisit celui de la basse mer, on ouvre l’écluse : l’eau se précipite dansla rivière, et, chassant les sables par ce débordement artificiel, creuseun chenal ou passage. C’est là ce que les ingénieurs appellent des éclusesde chasse, et ce qu’on se hâta de construire dans le bassin supérieur dela Liane.
Vingt mille pieds d’arbres abattus dans la forêt de Boulogne ser-virent à garnir de pieux les deux bords de la Liane, et le pourtour dubassin demi-circulaire. Une partie de ces pieds d’arbres, sciés en grosmadriers, puis étendus en plancher sur ces pieux, servirent à formerde larges quais, le long de la Liane et du bassin demi-circulaire. Lesnombreux bâtiments de la flottille pouvaient ainsi venir se rangercontre ces quais, pour embarquer ou débarquer les hommes, les che-vaux et le matériel.
La ville de Boulogne était placée à la droite de la Liane, le bassin à lagauche, et presque vis-à-vis. La Liane s’étendait longitudinalement entredeux. Des ponts furent construits pour communiquer facilement d’unerive à l’autre, et placés au-dessus du point où commençait le mouillage.
Ces vastes travaux étaient loin de suffire. Un grand établissementmaritime suppose des ateliers, des chantiers, des magasins, des ca-sernes, des boulangeries, des hôpitaux, tout ce qu’il faut enfin pourabriter de grands amas de matières, pour recevoir des marins sains oumalades, pour les nourrir, les vêtir, les armer. Qu’on se figure toutce qu’ont coûté de temps et d’efforts des établissements tels que ceux