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LIVRE XVII.
de Brest et de Toulon ! Il s’agissait de créer ici de bien autres établis-sements, puisqu'il fallait que ces ateliers, ces chantiers, ces magasins,ces hôpitaux, répondissent aux besoins de 2,300 bâtiments, 30,000matelots, 10,000 ouvriers, 120,000 soldats. Si même ces créationsn’avaient pas dù être temporaires, elles eussent été absolument impos-sibles. Cependant, quoique temporaires, la difficulté de les exécuter,vu la quantité des choses à réunir en un seul endroit, était immense.
On loua dans Boulogne toutes les maisons qui pouvaient être con-verties en bureaux, en magasins, en hôpitaux. On loua également dansles environs les maisons de campagne et les fermes propres au mêmeusage. On éleva des hangars pour les ouvriers de la marine, et desabris en planches pour les chevaux. Quant aux troupes, elles durentcamper en plein champ, dans des baraques construites avec les débrisdes forêts environnantes. Le premier consul choisit, à droite et à gauchede la Liane, sur les deux plateaux dont l’écartement formait le bassinde Boulogne, l’emplacement que devaient occuper les troupes. 36,000hommes furent distribués en deux camps : l'un dit de gauche, l’autredit de droite. Ce fut le rassemblement de Saint-Omer , placé sous lesordres du général Soult, qui vint occuper ces deux positions. Les autrescorps d’année devaient être successivement rapprochés de la côte,lorsque leur établissement y aurait été préparé. Les troupes allaient setrouver là en bon air, exposées, il est vrai, à des vents violents et froids,mais pourvues d’une grande abondance de bois pour se baraquer et sechauffer.
D'immenses approvisionnements furent ordonnés de toutes parts,et amenés dans ces magasins improvisés. On fit venir, par la navigationintérieure, qui est fort perfectionnée, comme on sait, dans le nord dela France , des farines pour les convertir en biscuit, du riz, des avoines,des viandes salées, des vins, des eaux-de-vie. On tira de la Hollande degrandes quantités de fromages à forme ronde. Ces diverses matièresalimentaires devaient servir à la consommation journalière des camps,et au chargement en vivres des deux flottilles de guerre cl de transport.On peut se figurer aisément les quantités qu’il fallait réunir, si on ima-gine qu’il s’agissait de nourrir l’armée, la flotte, la nombreuse popu-lation d’ouvriers attirée sur les lieux, d’abord pendant le campement,puis pendant deux mois d’expédition ; ce qui supposait des vivres pourprès de deux cent mille bouches, et des fourrages pour vingt millechevaux. Si on ajoute que tout cela fut fait avec une abondance qui ne