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LIVRE XVII.
avec l’Europe , que cet état de crise rendait plus actives que jamais. Ilrenonça donc pour le moment à voir les provinces du Rhin , et remità un second et prochain voyage ccttc partie de sa fournée. Mais, avantde quitter Bruxelles, il y reçut une visite qui fut fort remarquée, etqui méritait de letre, à cause du personnage accouru pour le voir.
Ce personnage était M. Lombard, secrétaire intime du roi de Prusse.Le jeune Frédéric-Guillaume , dans sa défiance de lui-même et des autres,avait la coutume de retenir le travail de ses ministres, et de le sou-mettre à un nouvel examen, qu’il faisait de moitié avec son secrétaire,M. Lombard, homme d’esprit et de savoir. M. Lombard, grâce à cetteroyale intimité, avait acquis en Prusse une très-grande importance.M. d’IIaugwitz, habile à se saisir de toutes les influences, avait eu l’art,de s'emparer de M. Lombard, de manière que le roi, passant des mainsdu ministre dans celles du secrétaire particulier, n’y trouvait que lesmêmes inspirations, c’est-à-dire celles de M. d'IIaugvvitz. M. Lombard,venu à Bruxelles , représentait donc à la fois auprès du premier consulle roi et le premier ministre, c’est-à-dire tout le gouvernement prus-sien, moins la cour, rangée exclusivement autour de la reine, et animéed’un autre esprit que le gouvernement.
La visite de M. Lombard à Bruxelles était la conséquence de l’agi-tation des cabinets, depuis le renouvellement de la guerre entre laFrance et l’Angleterre. La cour de Prusse était dans une extrêmeanxiété, accrue par les communications récentes du cabinet russe. Cedernier cabinet, comme on a vu, ramené malgré lui de ses affaires inté-rieures aux affaires européennes, aurait voulu s’en dédommager en jouantun rôle considérable. Il s’était efforcé tout d’abord de faire accepter samédiation aux deux parties belligérantes, et de recommander scs pro-tégés à la France . Le résultat de ses premières démarches n’était pas denature à le satisfaire. L’Angleterre avait très-froidement accueilli sesouvertures, refusé nettement de confier Malle à sa garde, et de sus-pendre les hostilités pendant que durerait la médiation. Seulement elleavait déclaré ne pas repousser l'entremise du cabinet russe, si la nou-velle négociation embrassait l’ensemble des affaires de l’Europe , etmettait en question par conséquent tout ce que les traités de Lunéville et d’Amiens avaient résolu. C’était repousser la médiation , que del'accepter à des conditions pareilles. Tandis que l’Angleterre répondaitde la sorte, la France , de son côté, accueillant avec une entière défé-rence l’intervention du jeune empereur, avait néanmoins occupé sans