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LIVRE XVII.

manière efficace. Une bonne volonté ambiguë, une neutralité plus oumoins étendue, étaient de médiocres secours. Il fallait l’aider à fermercomplètement les rivages de l’Allemagne , supporter quelques souffrancesmomentanées, et se liera la France par un traité d’union patent et po-sitif. Ce qu’on appelait depuis 1795 la neutralité prussienne ne suffisaitpas pour assurer la paix du continent. Il fallait pour rendre cette paixcertaine, l’alliance formelle, publique, offensive et défensive, de laPrusse et de la France . Alors aucune des puissances continentales n’ose-rait former un projet. L’Angleterre serait manifestement seule, réduiteà une lutte corps à corps avec l’armée de Boulogne ; et si à la perspec-tive de cette lutte se joignait la clôture des marchés de l'Europe , elleserait, ou amenée à composer, ou éciasée par la formidable expéditionqui se préparait sur les bords de la Manche. Mais, répétait sans cesse lepremier consul, pour cela il fallait l’alliance effective de la Prusse, etun concours sérieux et entier de sa part aux projets de la France . Alorsil réussirait, alors il pourrait combler de biens son alliée, et lui fairece présent qu’elle ne demandait pas, mais qu’elle désirait ardemmentau fond du cœur, celui du Hanovre .

Le premier consul, par la sincérité, la chaleur de ses explications,l’éblouissant éclat de son esprit, avait, non pas dupé, comme le ditbientôt à Berlin une faction ennemie, mais convaincu, entraînéM. Lombard. Il avait fini par lui persuader qu’il ne méditait rien contrel’Allemagne , qu’il voulait uniquement se procurer des moyens d’actioncontre l’Angleterre, et qu’un magnifique agrandissement serait pourla Prusse le prix d’un concours franc et sincère. Quant aux concessionsdont M. Lombard apportait la demande, le premier consul lui en avaitmontré les graves inconvénients; car laisser le commerce britanniques’exercer librement, tandis qu’on ferait une guerre qui, jusqu’au joursi incertain de la descente, serait sans conséquence pour l’Angleterre,c’était abandonner à celle-ci tous les avantages de la lutte. Le premierconsul alla même jusqu’à déclarer qu’il était prêt à indemniser, auxdépens du trésor français, le commerce souffrant de la Silésie . Toute-fois, dans le cas où la Prusse consentirait à stipuler une alliance offensiveet défensive, il était disposé, dans un tel intérêt, à faire quelques-unesdes concessions que désirait le roi Frédéric-Guillaume.

M. Lombard, convaincu, ébloui, enchanté des familiarités du grandhomme, dont les princes mêmes appréciaient avec orgueil les moindreségards, partit pour Berlin , disposé à communiquer à son maître et