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LIVRE XV.
peuple d'Espagne le joug honteux sous lequel ils étaient courbés, etdont on venait les délivrer. Si cette déclaration faite au prince deLa Paix n'avait pas d’effet, le général Beurnonville devait demanderune audience au roi et à la reine, leur répéter ce qu'il avait dit auprince, et, s’il n’obtenait pas justice, se retirer de la cour, en atten-dant de nouvelles dépêches de Paris .
Le général Beurnonville, impatient de mettre un terme à d intolé-rables outrages, se hâta de se rendre chez le prince de La Paix, de luidire les dures vérités qu il avait mission de faire arriver à ses oreilles,et pour ne lui laisser aucun doute sur le sérieux de ces menaces,plaça sous ses yeux plusieurs passages des dépêches du premierconsul. Le prince de La Paix pâlit, laissa échapper quelques larmes,fut tour h tour bas ou arrogant, finit par déclarer que M. d’Azara étaitchargé de s'entendre ii Paris avec M. de Tallcyrand, qu’au surpluscela ne le regardait pas, lui prince de La Paix ; qu’en écoutant l’am-bassadeur de France il sortait de son rôle, car il était généralissime desarmées espagnoles, il n'avait pas d’autre fonction dans l'Étal ; et que,si on avait quelque déclaration à faire, c’était au ministre des affairesétrangères et non à lui qu'il fallait s’adresser. Il refusa même une noteque le général Beurnonville devait lui remettre à la fin de cette con-férence. Le général, poussé à bout, lui dit : « Monsieur le prince, il ya cinquante personnes dans votre antichambre, je vais les prendre àtémoin du refus que vous faites de recevoir une note qui importe auservice de votre roi, et constater que, si je n’ai pu m’acquitter de mondevoir, la faute en est à vous seul, et non pas à moi. « Le prince inti-midé reçut la note, et le général Beurnonville se retira.
Tenant à remplir scs instructions dans toute leur étendue , le gé-néral voulut voir le roi et la reine, les trouva surpris, éperdus, sem-blant ne rien comprendre à ce qui se passait, et répétant que le che-valier d’Azara venait de recevoir des instructions pour tout arrangeravec le premier consul. Notre ambassadeur quitta la cour, interrompitmême toute communication avec les ministres espagnols, et se hâtade mander à son gouvernement ce qu'il avait fait, et le peu de ré-sultat qu’il avait obtenu.
M. d’Azara, en effet, avait reçu la plus singulière communication, laplus inconvenante, la plus désagréable pour lui. Ce spirituel et sage Espa-gnol était partisan sincère de l’alliance de l’Espagne avec la France , etami personnel du premier consul depuis les guerres d’Italie, où il avait