LIVRE XVII.
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de transport. Ainsi, tout le gros bagage étant constamment à bord, ondevait toujours être prêt en quelques heures à lever l’ancre ; et, commeil n était pas possible de faire sortir des ports un aussi grand nombre debâtiments dans l’espace d’une seule marée, l’embarquement des hommeset des chevaux ne pouvait jamais être la cause d’une perte de temps.
Après des exercices incessamment répétés, on réussit bientôt à exé-cuter toutes les manœuvres avec autant de promptitude que de préci-sion. Tous les jours, par tous les temps, h moins d’une tempête, onsortait au nombre de cent à cent cinquante bâtiments, pour manœuvrerou mouiller en rade, devant l’ennemi. Puis on simulait le long desfalaises l’opération d’un débarquement. On s’exercait d’abord à balayerle rivage par un feu nourri d’artillerie, puis à s’approcher de terre, hy déposer hommes, chevaux, canons. Souvent, quand on ne pouvaitpas joindre la terre, on jetait les hommes dans les flots, par cinq ousix pieds de profondeur d’eau. Jamais il n’y en eut de noyés, tant ilsdéployaient d’adresse et d’ardeur. Quelquefois même on ne débarquaitpas autrement les chevaux. On les descendait dans la mer, et deshommes placés dans des canots les dirigeaient avec une longe vers lerivage. De la sorte il n’y avait pas un accident de débarquement surune côte ennemie qui ne fût prévu et bravé plusieurs fois, en y ajou-tant toutes les difficultés qu’on pouvait se donner à vaincre, mêmecelles de la nuit % excepté cependant la difficulté du feu. Mais celle-làdevait être plutôt un excitant qu’un obstacle, pour ces soldats les plusbraves de l’univers par nature, et par habitude de la guerre.
Cette variété d’exereices de terre et de mer , ces manœuvres, entre-mêlées de rudes travaux, intéressaient ces soldats aventureux, remplisd’imagination, et ambitieux comme leur illustre chef. Une nourritureconsidérablement augmentée, grâce au prix de leurs journées ajouté àleur solde, une activité continuelle, l’air le plus vif, le plus sain, toutcela devait leur donner une force physique extraordinaire. L’espoird’exécuter un prodige y ajoutait une force morale non moins grande.C’est ainsi que se préparait peu à peu cette armée sans pareille, quidevait faire la conquête du continent en deux années.
1 Houlogni, 9 novembre 1803.
J’ai passé une portion de la nuit dernière à faire faire aux troupes des évolu-tions de nuit, manœuvre qu’une troupe instruite et bien disciplinée peut quelque-fois faire avantageusement contre des levées en masse.