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LIVRE XVIII.

Cependant le danger croissant d'heure en heure, et surtout la coo-pération du continent étant chaque jour moins probable, on eut recoursà la proposition du parti le plus ardent, et on aboutit à l'idée d’unelevée en masse. Le ministère demanda et obtint la faculté d'appeleraux armes tous les Anglais depuis 17 jusqu'à 55 ans. On devait prendreles volontaires, et, à défaut, les hommes désignés par la loi, les formeren bataillons, les instruire, pendant un certain nombre d'heures parsemaine. Il devait leur être alloué une paye, pour les dédommager dela perte de leur temps; mais cette disposition ne concernait que lesvolontaires qui appartenaient aux classes ouvrières.

M. Windham, obligé celte fois de reconnaître qu’on prenait sesidées, se plaignit qu’on les prenait trop tard et mal, et critiqua plu-sieurs détails de la mesure. Mais elle fut votée, et, en peu de temps,on vil dans les villes et les comlés d'Angleterre la population, appeléeaux armes, s'exercer tous les matins en uniforme de volontaires. Cetuniforme fut porté par toutes les classes. Le respectable M. Addinglonse rendit au parlement dans ce costume, qui allait si peu à scs mœurs,et encourut même quelque ridicule, par une manifestation de ce genre.Le vieux roi, sou (ils, le prince de Galles, passèrent à Londres desrevues, auxquelles les princes français exilés eurent l'impardonnabletort d'assister. On vit jusqu'à 20,000 de ces volontaires à Londres , cequi notait pas fort considérable, il est vrai, pour une si vaste popula-tion. Du reste, le nombre en était assez grand dans l’étendue de l’An-gleterre pour fournir une force imposante, si elle avait été organisée.Mais on n improvise pas des soldats , et moins encore des officiers. Sien France on avait douté de la valeur des bateaux plats, en Angleterreon doutait bien davantage de la valeur de ces volontaires, et, sinon deleur courage, au moins de leur habitude de la guerre. A ces mesures onajouta le projet de fortifications de campagne autour de Londres , surles routes qui aboutissent à cette capitale, et sur les points les plusmenacés des côtes. Une partie des forces actives fut disposée depuisl'ile de Wight jusqu'à l’embouchure de la Tamise . Un système designaux fut établi pour donner l’alarme , au moyen de feux allumés lelong des côtes, à la première apparition des Français . Des chariotsd’une forme particulière furent construits, afin de porter les troupesen poste sur les points menacés. En un mot, de ce côté du détroitcomme de l'autre, on fit des efforts d’invention extraordinaires, pourimaginer des moyens nouveaux de défense et d’attaque, pour vaincre