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LIVRE XVIII.

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à des baines passées. Aussi n’exprima-t-il que de la bienveillance, dela sympathie même pour les malheurs de ce vieil ami. Alors on luidemanda s’il ne voudrait pas s'intéresser à Picliegru, et user de soninfluence pour obtenir sa rentrée en France . Pourquoi en effet l’am-nistie accordée à tous les Vendéens, à tous les soldais de Gondé, neserait-elle pas faite aussi pour le vainqueur de la Hollande?... Moreaurépondit qu'il désirait ardemment le retour de cet ancien compagnond’armes; qu’il regardait ce retour comme une justice duc à scs services;qu’il y contribuerait bien volontiers, si ses relations actuelles avec legouvernement étaient de nature à le lui permettre ; mais que, brouilléavec les hommes qui gouvernaient, il ne remettrait jamais les piedsaux Tuileries . Puis vinrent naturellement les confidences sur ses griefs,sur son aversion pour le premier consul, sur son désir d’en voir laFrance bientôt délivrée.

Les dispositions de Moreau pressenties, on employa auprès de lui unde ses anciens officiers, le général Lajolais, l’un des familiers les plusdangereux qui pussent être admis dans l’intimité d’un homme faible,qui ne savait pas se gouverner. Ce général Lajolais était petit etboiteux,remarquablement doué de l’esprit d’intrigue, dévoré de besoins, presqueréduit à l'indigence. On envoya pour se l’attacher un déserteur desarmées républicaines, déguisé en marchand de dentelles, avec des lettresde Pichegru et une forte somme d’argent. Celui-ci n'eut pas de peine àconquérir la bonne volonté de Lajolais. Lajolais, gagné à la conspiration,s’attacha aux pas de Moreau, lui arracha la confidence de sa haine, deses vœux, qui ne tendaient à rien moins qu’à la destruction du gouver-nement consulaire par tous les moyens possibles. Lajolais n'alla pointjusqu’à des propositions ouvertes; mais, crédule comme sont tous lesentremetteurs, il imagina qu’il ne restait qu’un dernier mot à dire pourdécider Moreau à prendre une part active dans la conspiration ; et, s'ilcrut au delà de ce qui était, il dit à ses mandataires au delà de cequ’il croyait. C’est ainsi que s’ourdissent les trames de cette espèce, pardes agents qui se trompent eux-mêmes pour une moitié, et trompentpour l’autre moitié ceux qui les emploient. Lajolais donna donc lesplus grandes espérances aux envoyés de Pichegru , et, pressé par eux,consentit à partir pour Londres , afin d’aller lui-même faire son rapportverbal aux grands personnages dont il était devenu l’instrument.

Lajolais et son conducteur furent obligés de passer par Hambourg ,afln d’arriver à Londres plus sûrement. Ils perdirent ainsi beaucoup