Band 
[3. - 4.]
Seite
326
JPEG-Download
 

LIVRE XVIII.

326

ment était venu, et qu'il y avait assez (le maturité 1 dans l’entrepriseprojetée pour risquer les princes eux-mêmes, le comte d’Artois ou leduc de Berri, ou tous les deux, devaient venir en France , pour prendrepart à ce prétendu combat contre la personne du premier consul.

Pichegru partit donc avec les principaux émigrés français pour cetteexpédition, où il allait ensevelir à jamais sa gloire, déjà flétrie, et savie, qui aurait mérité (letre employée autrement. Il partit dans lespremiers jours de l’année 1804, s’embarqua sur le bâtiment du capi-taine Wright, et mit pied à terre à cette même falaise de Biville, le16 janvier. Le vainqueur de la Hollande, accompagné des plus illustresmembres (1e la noblesse française, prit la route des contrebandiers,trouva George, qui était venu à sa rencontre jusque près de la mer,et de gîte en gîte, à travers les forêts de la Normandie , il parvint àChaillot, le 20 janvier.

George n'avait pas tout son monde; mais, audacieux comme ill’était, et avec la troupe qu’il avait réunie, il était prêt à se jeter sur lavoiture du premier consul, et à le frapper infailliblement. Cependantil fallait s’entendre d'une manière définitive avec Moreau, pour êtreassuré d’un lendemain. Les intermédiaires l'allèrent voir de nouveau,lui dirent que Pichegru était arrivé secrètement, et demandait à l’en-tretenir. Moreau y consentit, et, ne voulant pas recevoir Pichegru dansson hôtel, il donna un rendez-vous de nuit, au boulevard de la Made-leine. Pichegru s’y rendit. Il aurait voulu y être seul; car il étaitfroid, prudent, et n’aimait point cette société de gens vulgaires etagités, qui l’obsédaient de leur impatience, et dont la compagnie étaitla première punition de sa conduite. Il vint avec un trop grand nombrede personnes au rendez-vous, il y vint surtout avec George, qui voulaittout examiner de ses yeux, apparemment pour savoir sur quels fonde-ments il allait risquer sa vie, dans une tentative désespérée.

Par une nuit obscure et froide du mois de janvier, à un signaldonné, Moreau et Pichegru s’abordèrent. C'était la première fois qu’ilsse revoyaient depuis le temps où ils combattaient ensemble sur leRhin , où leur vie était, sans reproche, et leur gloire sans tache. Ilsétaient à peine remis de l’émotion que devaient produire tant de sou-venirs, que George survint, et se fit connaître. Moreau fut saisi, semontra tout à coup froid, visiblement mécontent, et parut en vouloir

Voir plus bas ta déposition de M. de Rivière .